On l’attendait sur la défensive. Mais c’est combative et plutôt détendue qu’Angela Merkel s’est présentée à la presse jeudi midi, défendant son bilan sur les réfugiés. L’Allemagne restera fidèle à ses valeurs, a insisté la chancelière, répétant le célèbre «nous y arriverons» qu’elle avait prononcé voici onze mois, au moment d’ouvrir les portes du pays aux réfugiés syriens piégés à Budapest.

«Nous y arriverons, tout comme nous parviendrons à affronter les défis que sont le terrorisme islamiste et l’intégration» des réfugiés, a-t-elle expliqué au cours d’une longue allocution de trente minutes. Les djihadistes «veulent remettre en cause notre disposition à accueillir des gens en détresse. Nous nous y opposons fermement», a-t-elle lancé, avant de répondre pendant une heure aux questions tous azimuts de la presse allemande.

Lire aussi notre édito: La juste détermination d’Angela Merkel

Message aux conservateurs

Pas d’effet d’annonce de sa part. Elle s’est contentée de présenter un plan de mesures en neuf points, pour la plupart déjà connus comme le renforcement des expulsions, la création d’un programme permettant de mieux détecter la radicalisation islamiste chez les demandeurs d’asile; certains nouveaux comme la possibilité pour la Bundeswehr d’intervenir dans les questions de sécurité intérieure, au-delà des cas de catastrophe naturelle. La chancelière attend par ailleurs des avancées sur le dossier sécuritaire au niveau de l’Union européenne, avec la mise en place d’un véritable fichier européen du terrorisme et l’adoption d’une loi européenne sur la possession d’armes à feu.

Le message s’adresse tout autant aux électeurs du parti populiste AfD qu’à la CSU bavaroise, particulièrement conservatrice, ou à la frange la plus conservatrice de son propre parti, la CDU.

Sans illusions

A un an des prochaines législatives et alors que l’AfD a connu une forte poussée aux régionales de mars dernier dans le sillage des agressions sexuelles du Nouvel An à Cologne (des centaines de jeunes Maghrébins avaient agressé et violé plus de 1000 jeunes filles aux environs de la gare, provoquant une onde de choc dans le pays), le pire scénario semble se dérouler: les quatre agressions des derniers jours n’ont qu’un point commun - elles ont été commises par des réfugiés.

«Je n’ai jamais eu l’illusion que tous ces gens ont laissé leurs traumatismes et leurs conflits dans leur pays d’origine», s’indignait lundi le député Florian Hahn, CSU (le parti ultra conservateur bavarois, allié à la CDU, le parti de la chancelière). C’est une raison de plus pour dire que nous ne sommes pas en mesure d’attirer chez nous des centaines de milliers de personnes par an…» «Ça doit être le point de non-retour: la «culture de bienvenue» est mortelle», ajoute l’avocat Maximilian Krah, candidat CDU aux législatives.

Souveraine et pragmatique

Le candidat de la CDU au poste de maire de Berlin (les élections auront lieu en septembre prochain), Franck Henkel, parle lui de «personnes totalement primitives» que l’«Allemagne a importées» avec le flux des réfugiés. Depuis une semaine, les spécialistes de la communication du gouvernement semblaient n’avoir qu’un objectif: démontrer par tous les moyens que les réfugiés impliqués dans cette vague d’attaques ne sont pas des «réfugiés Merkel». En clair: aucun d’entre eux n’est arrivé avec la vague de migrants à qui le gouvernement a ouvert la porte l’été dernier.

Face au regain de critiques, Angela Merkel – connue pour sa prudence dans les situations de crise – est apparue souveraine, et pragmatique. Les Allemands ont jusqu’à présent plutôt apprécié cette retenue. «Mais dans une situation comme celle d’attentats, son attitude est problématique, estime Martin Emmer, politologue à l’université Libre de Berlin. Les gens ont peur, sont inquiets. Dans ces circonstances, on a besoin d’une direction qui soit davantage dans les émotions, et moins dans le management froid.»

Privée de Bayreuth

«En principe, cette retenue est une bonne chose, estime au contraire le quotidien des affaires Handelsblatt. Mais les électeurs vont-ils l’accepter, eux qui attendent de grands gestes, de grands mots, de grandes annonces? Merkel se contente de dire ce qui est faisable, et de chercher des solutions pragmatiques. Rien de spectaculaire. Mais c’est très raisonnable.»

La rencontre de jeudi avec la presse, initialement prévue pour la fin août et avancée pour répondre aux attaques de la semaine dernière, souligne l’extrême prudence de la chancellerie face au terrorisme, dans un pays obsédé par les questions de sécurité. Cette année, Angela Merkel n’a pas assisté comme d’habitude à l’ouverture du Festival de Bayreuth. La publication de photos d’elle posant comme à l’accoutumée dans l’une de ses improbables robes longues de taffetas devant l’entrée de la «Colline» de Bayreuth aurait été du plus mauvais effet. La chancelière ne partira pas non plus en vacances. Le jardin de sa résidence secondaire, dans les environs de Berlin, lui servira de villégiature.