C’est une arme redoutable. Les missiles britanniques Trident atteignent leur cible avec une marge d’erreur de quelques mètres. Mais la description officielle a du plomb dans l’aile. En juin dernier, révélait dimanche le Sunday Times, un essai de cette arme, pièce maîtresse de la dissuasion britannique, a tourné au fiasco. Tiré depuis un sous-marin au large de la Floride, le missile n’en a fait qu’à sa tête, heureusement non-nucléaire. Au lieu de prendre la direction de l'Atlantique, il s’est dirigé vers les côtes américaines. L’engin de 60 tonnes a dû être auto-détruit.

L’incident a été soigneusement tenu secret. Malgré la panique au sein de l’état-major et dans l’entourage de l’ancien Premier ministre David Cameron, le moment était peu propice aux épanchements. Le parlement du royaume s’apprêtait à voter la poursuite programme Trident. Mission cette fois accomplie: les députés ont largement approuvé les crédits de 50 milliards de francs pour poursuivre le programme Trident.

Dimanche, Theresa May, qui aurait été briefée sur l'incident après avoir succédé à David Cameron, a refusé de répondre aux questions insistantes de la BBC. Le lendemain, elle envoyait son ministre de la Défense au front face à des députés furieux. Soumis à un feu nourri d’interrogations, Michael Fallon assurait que le sous-marin à l’origine du tir, qui a été récemment modernisé, avait «réussi les tests avec succès». Pour le détail des essais, il s’est retranché derrière le secret défense. Un député conservateur, rapporte le Guardian, est venu à sa rescousse avec une démonstration imparable: «Même si cela s’est passé, un taux de réussite de 98% à ces tests montre que nous sommes prêts à 100%».