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Angolagate: prison ferme pour Falcone, Gaydamak et Pasqua

La justice française a condamné mardi à six ans de prison ferme les hommes d’affaires Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak, personnages-clés de l’Angolagate, une vaste affaire de commerce d’armes vers l’Angola remontant au milieu des années 1990. Le tribunal a également condamné à un an de prison ferme l’ancien ministre de droite Charles Pasqua.

Dans ce procès fleuve, qui s’était déroulé de fin 2008 à mars 2009 et dont le jugement avait été mis en délibéré, le tribunal a également condamné à un an de prison ferme l’ancien ministre de droite Charles Pasqua et à une peine avec sursis Jean-Christophe Mitterrand, fils de l’ancien président socialiste.

Le tribunal correctionnel de Paris a ordonné l’incarcération immédiate de Pierre Falcone condamné pour trafic d’influence, commerce d’armes et abus de biens sociaux. Arcadi Gaydamak, Israélien d’origine russe et actuellement réfugié en Russie, a été condamné pour commerce d’armes, trafic d’influence et blanchiment. Il avait été le grand absent du procès.

La justice reproche aux deux hommes d’avoir, de 1993 à 1998, vendu à l’Angola, alors en pleine guerre civile, des armes provenant de l’ancien bloc soviétique, sans avoir reçu d’autorisation de l’Etat Français.

Au total, 42 personnes avaient comparu, accusées d’avoir participé à l’organisation de ce «trafic» d’armes de 790 millions de dollars, ou d’avoir bénéficié de «pots-de-vin» distribués par MM. Falcone et Gaydamak. Une trentaine de responsables angolais auraient également été arrosés dans ce commerce, selon les enquêteurs, mais aucun n’a été renvoyé devant la justice.

Dès l’ouverture du procès en octobre 2008, la République angolaise avait demandé le retrait des pièces incriminantes, au nom du «respect du secret défense d’un pays étranger». Argument rejeté mardi par le tribunal.

En pleine guerre civile, le président angolais José Eduardo Dos Santos cherchait en 1993 à se procurer des armes pour lutter contre les rebelles de l’Unita, mais la France avait refusé. Des contacts officieux l’avaient amené à Pierre Falcone, lequel s’était associé à Arcadi Gaydamak qui avait des contacts dans l’ancien bloc soviétique.

420 chars, 150 000 obus, 12 hélicoptères, six navires de guerre recensés par les enquêteurs: les deux associés ne contestent pas avoir livré du matériel militaire, mais ils nient avoir livré 170 000 mines antipersonnel et soutiennent que Paris n’avait pas à donner son feu vert, puisque cet arsenal ne passait pas par la France et que la société courtière, ZTS Osos, étant basée en Slovaquie. Un argument rejeté par l’accusation: pour elle ZTS Osos ne faisait que cacher Brenco, la société parisienne de M. Falcone.

Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur devenu sénateur, s’est vu, précisément, infliger une peine de trois ans de prison, dont deux ans avec sursis, et 100 000 euros d’amende pour «trafic d’influence».

Jean-Christophe Mitterrand, qui était conseiller pour l’Afrique de son père, François Mitterrand, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 375 000 euros d’amende pour recel d’abus de bien sociaux. Ces deux hommes étaient accusés d’avoir facilité le trafic d’armes vers l’Angola, sans y avoir participé.

Les célébrités du monde politique ou des affaires étaient nombreuses sur le banc des accusés de ce procès. Ainsi, le romancier Paul-Loup Sulitzer a été condamné à quinze mois de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende. En revanche, le consultant Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, a été relaxé par le tribunal.

Jean-Charles Marchiani, ancien préfet et proche de Charles Pasqua, a été de son côté condamné à trois ans de prison, dont 21 mois avec sursis, pour complicité de trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux. Les principaux condamnés ont annoncé leur intention de faire appel de ce jugement.

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