Jarablus, le dernier bastion de l’Etat islamique (EI) sur la frontière turque, côté syrien, vacille sous les coups de canons. Une offensive majeure est en cours pour le faire tomber. Des centaines d’hommes, majoritairement des rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) sont massés à la frontière, côté turc, prêt à donner l’assaut sur la ville. Pour l’EI, cette position est cruciale, elle leur permet de passer en Turquie pour se ravitailler ou faire de la contrebande, mais le gouvernement turc est décidé à les en déloger: «Nous ne voulons pas de Daech (acronyme arabe de l’EI) en Irak ni en Syrie. Nous apporterons toutes sortes de soutien à l’opération de Jarablus», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

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La détermination d’Ankara est motivée par une course contre la montre: prendre Jarablus avant les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), le bras armé du Parti de l’union démocratique. Si les rebelles soutenus par Ankara peinent à résister à l’EI, les YPG eux accumulent les victoires et se sont imposés comme le fer de lance contre l’EI. Sur le terrain, aux alentours de Jarablus, elles sont intégrées au sein d’un groupement plus large, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont elles constituent l’épine dorsale et la véritable force de frappe.

Depuis lundi, les mortiers turcs tirent aussi bien sur les positions de l’EI à Jarablus que sur celles des YPG pour freiner leur progression. Car ces dernières se sont déjà emparées de Manbij, à une trentaine de kilomètres au sud. Si elles prenaient pied à Jarablus elles pourraient réaliser une continuité territoriale avec le reste de la région qu’elles revendiquent dans le nord-est du pays, la Rojava: un cauchemar pour le président Recep Tayyip Erdogan.

Changement d’alliances

Les ambitions nationalistes des Kurdes syriens sont cependant largement contrariées par des revirements d’alliances. A la faveur du réchauffement des relations entre la Russie et la Turquie, Recep Tayyip Erdogan a changé d’attitude vis-à-vis du régime syrien: alors qu’auparavant il faisait du départ du président Bachar el-Assad, une condition sine qua non, il accepte désormais de transiger. En contrepartie, Damas a mis fin au pacte tacite de non-agression qui prévalait avec les Kurdes. Durant cinq jours l’armée syrienne a affronté YPG à Hassaké. Et même si mardi, un cessez-le-feu a été agréé entre l’armée et les Kurdes, ces derniers savent désormais qu’ils ne pourront plus compter sur la bienveillance de Damas.

Le vice-président américain Joe Biden est en visite à Ankara: les Etats-Unis soutiennent militairement les YPG qu’ils voient comme un atout de taille contre l’EI; choisiront-ils de les soutenir contre leur allié turc? Une chose est sûre: Recep Tayyip Erdogan sera intransigeant sur cette question.