Ankara ne vise pas les djihadistes mais le PKK

Ankara se lance dans la guerre contre ses ennemis jurés. Selon la formule du premier ministre, Ahmet Davutoglu, de l’AKP – le parti islamo-conservateur –, la Turquie doit mener un combat contre «la menace terroriste, qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur». Mais dans cette guerre, il y a en fait deux fronts et un objectif caché de politique intérieure.

Après de longs atermoiements, le gouvernement a finalement décidé de prendre une part active à la lutte contre les djihadistes de l’Etat islamique (EI). Les Etats-Unis, à la tête d’une coalition contre l’EI, réclamaient à leur allié turc de prendre des mesures concrètes contre les djihadistes. C’est chose faite désormais, puisque non seulement l’armée turque a bombardé des positions de l’EI mais qu’en plus les avions américains pourront frapper leurs cibles en décollant des bases turques. L’attentat de lundi à Suruç qui a fait plus de 30 morts a constitué le déclencheur de ce changement de stratégie.

Toutefois, le gouvernement turc ne se limite pas à des frappes contre l’EI. Il met dans le même sac les djihadistes et les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Il apparaît que ce sont ces derniers qui intéressent le plus Ankara. Malgré les négociations de paix initiées en 2012 et la trêve déclarée unilatéralement par le PKK, Ankara a résolu de reprendre la guerre contre les militants kurdes. Au risque d’embrayer un nouveau cycle de violences.

Zone d’exclusion aérienne

En contrepartie de sa participation à la lutte contre l’EI, qui va notablement aider la coalition, la Turquie a obtenu des Etats-Unis des garanties sur la création d’une zone d’exclusion aérienne sur sa frontière avec la Syrie. En ligne de mire, le régime de Damas mais aussi les Kurdes du PYD, affiliés au PKK, qui veulent créer leur propre Etat dans le nord de la Syrie.

Le parti HDP, la vitrine légale du PKK, se trouve piégé et affaibli, contraint de condamner le PKK. Le président Recep Tayyip Erdogan peut, lui, se profiler en sauveur de la nation et peut-être même convoquer des élections anticipées pour effacer le camouflet qu’il a reçu lors des législatives du 6 juin dernier qui ont vu l’AKP perdre sa majorité absolue.