Les responsables du tourisme turc refusaient de céder à la panique lundi au lendemain de l'explosion d'une bombe dans la station balnéaire de Cesme qui a fait 20 blessés dont deux touristes étrangers. L'acte a été revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan, un groupe apparenté à l'aile radicale du PKK (ex-Parti des travailleurs du Kurdistan), inconnu il y a encore un an mais qui a perpétré depuis deux attaques à Istanbul et une dans une station balnéaire. Son objectif est clairement affiché: toucher de plein fouet l'industrie fleurissante du tourisme turc.

Un an après la levée de la trêve du PKK, la crainte d'une dégradation du «problème kurde» est donc perceptible. Les heurts entre combattants marxistes et soldats turcs se multiplient à un rythme élevé. Attaques contre des trains, embuscades, chaque jour apporte son lot de nouveaux morts et de blessés dans le sud-est du pays. En début d'année, les tensions communautaires entre kurdes et turcs ont d'ailleurs touché des zones jusque-là épargnées, comme Trabzon ou Mersin.

Face à ce regain de tension, 150 intellectuels turcs ont décidé le 15 juin dernier de lancer un appel au PKK pour qu'il cesse les opérations armées. Un acte symbolique et unique dans l'histoire du pays, qui a été soutenu par plus de 260 intellectuels kurdes. «Nous avons lancé cet appel car nous craignons que ces actes sanglants ne débouchent sur un nouveau conflit, comme celui qui a touché le pays entre 1984 et 1999», explique Gencay Gursoy, président de l'ordre des médecins d'Istanbul.

Nouvelle guerre?

L'inquiétude d'une nouvelle guerre est aussi partagée par Cemal Kavak, président du Dehap d'Istanbul, principal parti pro-kurde de Turquie. «La plupart des Kurdes refusent la violence mais ils commencent à s'énerver. Certains se demandent pourquoi on ne répond pas plus durement aux attaques de l'armée. Quelques-uns estiment que si la guerre devait reprendre, elle devrait éclater dans les villes et plus seulement au Kurdistan.»

Le PKK, qui compterait 5000 militants, refuse de déposer les armes de manière unilatérale et pose comme préalable un geste d'Ankara. Et en attendant, il renforce son assise auprès de l'opinion publique. «On assiste à une montée du nationalisme kurde, explique Ali Bayramoglu, chroniqueur au sein du journal Yeni Safak. Les jeunes qui vivent à Diyarbakir sont nés avec la guerre et ont une conscience politique très forte, ce qui peut, comme tout nationalisme, engendrer des comportements très dangereux. Abdullah Öcalan est loin d'avoir perdu son soutien populaire.» Selon de nombreux observateurs politiques, le leader kurde, arrêté en 1999 et seul prisonnier de la prison d'Imrali, tiendrait d'ailleurs plus que jamais les rênes de l'organisation qu'il a créée en 1978.

Où est donc passé l'optimisme d'il y a un an, quand l'Union européenne saluait les réformes entreprises par la Turquie envers sa minorité kurde notamment en matière de droits culturels? Certains se demandent aujourd'hui si le pays n'a pas raté le coche pour parvenir à une paix durable.