La guerre de l'eau n'aura peut-être pas lieu au Proche-Orient si la proposition du président turc Süleyman Demirel venait à se concrétiser. En effet, au cours de la première journée de sa visite officielle en Israël, le président turc a avancé l'idée de mettre en place un oléoduc sous-marin entre la côte turque et la côte israélienne afin d'écouler annuellement d'immenses quantités d'eau: jusqu'à 4 milliards de mètres cubes. «Tous les besoins en eau d'Israël seraient alors largement couverts», précisait Süleyman Demirel dans un sourire malicieux. Une partie du précieux liquide irait également approvisionner les réservoirs du royaume hachémite et mettre fin de la sorte à un manque chronique qui pénalise l'agriculture jordanienne, même si celle-ci bénéficie, depuis le traité de paix signé entre la Jordanie et Israël, de l'eau pompée dans le lac de Tibériade.

«L'eau turque aurait le mérite de rendre inutile le contrôle par Israël des sources du Golan», affirme-t-on du Ministère de l'agriculture. Au printemps, les ruisseaux, gonflés par la fonte des neiges du mont Hermon, se déversent dans la «mer de Galilée» et en font monter soudain le niveau. Cette mer intérieure, le lac de Tibériade, est pour l'Etat d'Israël son plus grand réservoir. La rétrocession du Golan pouvait éveiller quelques craintes quant à l'alimentation en eau du lac. La proposition de la Turquie semble devoir balayer d'un seul coup toutes ces appréhensions.

En Cisjordanie aussi, les Israéliens cherchent à garder la haute main sur les nappes aquifères, qui se sont, pour certaines, complètement asséchées, en raison du pompage intensif des Israéliens. L'eau turque, là aussi, viendrait faciliter la rétrocession de ce territoire si disputé. Et dans le cadre du règlement définitif, l'Etat de Palestine serait en droit de réclamer sa part des livraisons d'eau turque.

Süleyman Demirel déclarait à son arrivée à l'aéroport de Tel-Aviv: «Un traité de paix israélo-syrien aura pour conséquence de resserrer encore plus les liens israélo-turcs.» Des liens qui se développent dans tous les domaines, notamment militaires. Les achats d'armes de fabrication israélienne ou la modernisation en Israël du matériel militaire turque s'intensifient pour atteindre des sommes astronomiques. Les échanges commerciaux connaissent aussi une ascension vertigineuse.