Royaume-Uni

Les anti-Brexit veulent se battre jusqu’au bout

Malgré le report du vote samedi, Boris Johnson est proche de la victoire sur le Brexit. A moins que ses opposants réussissent un ultime retournement de situation

Progressivement, dans la journée de vendredi, les anti-Brexit ont senti que la situation leur échappait. Un à un, une dizaine de parlementaires travaillistes se sont déclarés en faveur de l’accord de Boris Johnson pour sortir de l’Union européenne tandis que les députés brexiters, qui avaient rejeté tous les compromis précédents, se rangeaient aussi derrière le premier ministre britannique. Contre tous les pronostics, le chef du gouvernement du Royaume-Uni était sur le point de réussir l’impossible: obtenir une majorité à la Chambre des communes sur le Brexit. Le dernier pointage lui donnait une victoire possible de cinq voix: trop serré pour que l’issue du vote soit certaine, mais un vrai tournant.

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C’était compter sans les opposants à la sortie de l’UE, plus déterminés que jamais, radicalisés après presque trois années et demie de batailles parlementaires. Ils ont alors eu recours à leur dernière arme: un amendement repoussant le vote. Il fallait gagner du temps, coûte que coûte.

Leur amendement a été adopté par 322 voix contre 306 grâce à une alliance contre-nature. Les pro-européens (libéraux-démocrates, indépendantistes écossais, la majorité des travaillistes…) ont été rejoints par les Nord-Irlandais du DUP (Democratic Unionist Party), un petit parti ultra-conservateur et eurosceptique, mais qui s’oppose à l’accord de Boris Johnson, à cause de la frontière douanière que cela créerait entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord.

Continuer la guérilla parlementaire

Pour les anti-Brexit, peu importe la méthode, ils ont réussi à obtenir un ultime délai. Et ils n’ont pas l’intention de relâcher la pression. Stratégie de la semaine à venir: continuer la guérilla parlementaire.

La bataille qui n’a pas eu lieu samedi n’est que repoussée. Le gouvernement britannique entend soumettre au vote son accord sur le Brexit dès ce lundi. Déjà, les obstacles se multiplient. Le speaker de la Chambre, John Bercow, mondialement connu pour ses rappels à l’ordre théâtraux («ordeeeeer»), pourrait ne pas autoriser le vote pour des raisons essentiellement procédurales.

Parallèlement, l’opposition prépare une série d’amendements. «Nous voulons être absolument sûrs que le «no deal» soit écarté, explique John McDonnell, le numéro deux du Parti travailliste. Nous n’en sommes pas encore certains. On va voir ce qu’on arrive à faire et à quel point nos amendements peuvent avancer.»

Il demande en particulier un deuxième référendum. «Quel que soit l’accord, il faut que celui-ci soit soumis à un référendum», explique Keir Starmer, le député chargé du Brexit chez les travaillistes. «Nous avons maintenant une opportunité unique d’obtenir un nouveau vote du peuple, d’arrêter le Brexit et de rester dans l’Union européenne», estime Jo Swinson, la leader des libéraux-démocrates.

Son optimisme est surfait. A plusieurs reprises depuis un an, les parlementaires ont voté contre l’organisation d’un deuxième référendum. Mais les travaillistes, autrefois hésitants, y sont désormais officiellement favorables. De plus, l’approche très réelle du Brexit, qui doit entrer en vigueur le 31 octobre, pourrait aussi faire changer les opinions.

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Keir Starmer en appelle directement au DUP. «Si vous voulez travailler avec nous pour améliorer la situation, notre porte est ouverte.» Le parti nord-irlandais semble un allié improbable, d’autant qu’il a encore redit ce dimanche son opposition au référendum. Mais dans ce processus, plus rien n’est impossible.

Dix jours de bataille de tranchées parlementaire s’ouvrent donc ce lundi, dans une véritable course contre la montre. Officiellement, l’entrée en vigueur du Brexit aura bien lieu à la fin du mois. Certes, Boris Johnson a été obligé samedi soir d’envoyer une lettre à Bruxelles demandant une extension jusqu’au 31 janvier 2020, comme la loi l’obligeait. Mais pour bien faire comprendre sa mauvaise humeur, le premier ministre a accompagné sa première lettre – qu’il n’a pas signée – d’une autre – signée, cette fois-ci – expliquant qu’il était contre un report.

L’UE pas pressée de répondre

L’UE ne semble pas pressée de répondre. Michel Barnier, le négociateur européen, qui présidait dimanche une réunion des ambassadeurs européens, n’a évoqué le sujet qu’en passant. Ce sera à Donald Tusk, le président du Conseil européen, de voir ce qu’il compte faire, a-t-il indiqué en substance. Un sommet européen d’urgence pour trancher la question pourrait avoir lieu lundi 28 octobre, à seulement trois jours de la date butoir.

Pourquoi donc attendre? L’UE entend mettre la pression sur les parlementaires britanniques, en particulier les pro-européens. La menace, si ces derniers ne votent pas en faveur de l’accord du Brexit de Boris Johnson, serait que les leaders européens rejettent l’extension. Ce n’est pas forcément crédible, au regard des précédents, mais l’ambiguïté ajoute à la pression. Si l’extension est refusée, le fameux «no deal» tant redouté aurait lieu. Pour les anti-Brexit, ce serait le scénario cauchemar, contre lequel ils se battent depuis le début. On n’est plus à un paradoxe près.


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