CDH

Antonio Guterres met en garde contre la reconnaissance faciale

Lors de la 40e session du Conseil des droits de l'homme qui s’est ouverte ce lundi à Genève, Antonio Guterres s’est dit préoccupé par le rétrécissement de l’espace public. Le conseiller fédéral Ignazio Cassis a, lui, relevé que la démocratie et les libertés ne doivent pas être considérées comme des «évidences»

«Je suis très préoccupé par le rétrécissement de l’espace public dans toutes les régions du globe et dans chaque coin de l’internet.» Dans le cadre de la 40e session du Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU à Genève qui s’est ouverte dans un contexte international difficile, le secrétaire général des Nations unies a dénoncé avec véhémence la surveillance orchestrée par certains Etats des journalistes et activistes des droits humains, les campagnes de désinformation et les menaces de violence qui «bien souvent se traduisent en actes de violence». En ce sens, il a dénoncé l’élimination de plus de 1000 journalistes et défenseurs des droits de l’homme au cours des trois dernières années.

«Nous ne pouvons pas tolérer la scandaleuse quasi-impunité de ceux qui ont commis des crimes contre les journalistes.» Même si le secrétaire général de l’ONU ne l’a pas mentionné, tout le monde pense au journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné au consulat saoudien d’Istanbul.

Antonio Guterres a par ailleurs fustigé le recours, à des fins de surveillance et de limitation de la liberté d’expression, au big data et à la reconnaissance faciale. Une critique qu’il est difficile de ne pas mettre en lien avec les pratiques actuelles du gouvernement chinois, qui développe le secteur de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance faciale de façon très intensive.

La haine devient mainstream

Le patron de l’ONU n’a pas caché sa préoccupation de voir la «haine devenir mainstream aussi bien dans les démocraties libérales que dans les systèmes autoritaires». Dans ce cadre, Antonio Guterres a cloué au pilori la «campagne insidieuse» menée contre le Pacte mondial sur les migrations, laquelle véhiculait un «flot de mensonges sur la nature et l’étendue du pacte». Mais «la campagne a échoué», s’est réjoui le Portugais, qui a néanmoins exhorté les Etats membres à rétablir «l’intégrité du régime de protection internationale des réfugiés».

A lire: 70 ans après, la Déclaration universelle est menacée par les intérêts nationaux

Présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, Maria Fernanda Espinosa a elle aussi tiré la sonnette d’alarme, estimant que les principes élémentaires du multilatéralisme sont menacés. Elle y voit clairement un «risque pour l’architecture internationale des droits humains», dont le CDH «est un pilier fondamental». Pour l’Equatorienne, le monde a besoin «d’un Conseil fort, efficace, qui apporte des solutions et qui garantit la promotion et la protection de tous les droits humains de toutes les personnes, sans exception».

Le vote des Genevois pour la SdN…

Ignazio Cassis, chef du Département fédéral des affaires étrangères, s’est pour sa part félicité du «bel anniversaire» réservé en 2018 à la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948. Il a aussi relevé les mérites de la Société des Nations, qui célèbre le 100e anniversaire de sa création cette année. Dans un apparent plaidoyer pour la démocratie directe, il a salué le débat qui, à l’époque à Genève, avait animé les Genevois au sujet du siège de la SdN. Omettant de mettre en lumière les conditions qui ont réellement permis l’installation de la Société des Nations à Genève, il s’est surtout concentré sur le scrutin populaire qui permit, en 1919, aux Genevois de concrétiser le projet, rappelant que 26 807 d’entre eux avaient voté en faveur de l’arrivée de la SdN, et 5143 contre. Une manière pour le conseiller fédéral de montrer que des votations libres et équitables ont pavé la voie au multilatéralisme.

A lire aussi: Les Etats-Unis quittent le Conseil des droits de l’homme, la Suisse «regrette»

Mais le conseiller fédéral a mis en garde: «En ces cent ans d’expérience, nous avons vécu des hauts et des bas, nous avons appris que rien n’est définitif et que l’humanité tombe souvent dans les mêmes pièges.» Il a appelé à ne pas considérer la démocratie et les libertés comme des «évidences», car le cas échéant «nous risquons de tomber à nouveau». En matière de liberté d’opinion, Ignazio Cassis s’est érigé contre le dogme de la pensée unique et veut encourager celles et ceux qui osent exprimer un «avis contraire au mainstream».

Publicité