ONU

Antonio Guterres, nouveau secrétaire général de l’ONU

L’ancien haut-commissaire aux réfugiés et ex-premier ministre portugais a été formellement choisi par le Conseil de sécurité ce jeudi. Sa nomination devra être entérinée par les 193 membres de l’Assemblée générale

Mise à jour, 17h00

Le Portugais Antonio Guterres a obtenu jeudi le soutien unanime des 15 membres du Conseil de sécurité pour devenir le prochain secrétaire général des Nations unies, selon des diplomates à l'issue d'une réunion à huis clos.

L'ancien premier ministre du Portugal était le favori après avoir terminé en tête des six scrutins préliminaires. Il doit encore être approuvé par l'Assemblée générale de l'ONU, ce qui devrait être une formalité, avant de prendre ses fonctions le 1er janvier. Il succédera au Sud-Coréen Ban Ki-moon.


 

Flanqué des représentants des Etats membres du Conseil de sécurité, l’ambassadeur de Russie Vitali Tchourkine l’avait annoncé mercredi: «Nous avons un net favori. Son nom: Antonio Guterres.» Sauf surprise de dernière minute, le Portugais de 66 ans, bien connu des Genevois pour avoir dirigé de 2005 à 2015 le Haut-Commissariat pour les réfugiés, devait être le prochain secrétaire général des Nations unies.

Les membres du Conseil de sécurité avaient déjà fait de l’ancien premier ministre du Portugal le favori dans la course à la succession du Sud-Coréen Ban Ki-moon, qui achève son double mandat à la tête de l’ONU le 31 décembre. Lors des cinq votes informels précédents, Antonio Guterres est à chaque fois arrivé en tête. Mercredi, sur les quinze membres du Conseil, seuls deux ont voté «blanc», un membre permanent avec droit de veto et un membre non permanent. Les treize autres ont glissé un bulletin secret en faveur de l’ancien haut-commissaire aux réfugiés.

Le neuvième patron de l’ONU ne sera donc ni une femme, ni un représentant de l’Europe de l’Est, deux requêtes formulées tantôt par la société civile tantôt par certains Etats membres. Quatrième Européen à occuper le prestigieux poste, Antonio Guterres a brûlé la politesse à neuf autres candidats encore en lice. Parmi eux, la Bulgare Kristalina Georgieva, commissaire européenne au Budget et ancienne vice-présidente de la Banque mondiale, pouvait nourrir encore quelques espoirs mardi après les déclarations de Vitali Tchourkine qui préside en octobre le Conseil de sécurité: «Nous pensons vraiment que c’est au tour de l’Europe de l’Est de fournir le prochain secrétaire général. Et nous aimerions beaucoup voir une femme.»

Lire aussi: Une femme à la tête des Nations unies, et élue moins arbitrairement, c’est possible

Contexte international très tendu

Plusieurs raisons expliquent l’échec d’une candidature féminine et de l’Est. Pour Moscou, Kristalina Georgieva a beau être de l’Est, elle incarne une Union européenne qui a imposé de dures sanctions contre la Russie après l’annexion par le Kremlin de la Crimée. De plus, la soutenir aurait été une manière de saper un autre choix. Les Russes auraient bien aimé voir une autre Bulgare, Irina Bokova accéder au perchoir onusien. L’actuelle directrice générale de l’Unesco, formée à Moscou, a toutefois été jugée trop proche de la Russie par les Occidentaux. Deux membres permanents du Conseil de sécurité étaient prêts à mettre leur veto à la candidature des deux Bulgares.

La nomination d’Antonio Guterres, qui doit encore être confirmée par un vote formel du Conseil de sécurité jeudi matin et entérinée par les 193 membres de l’Assemblée générale de l’ONU, apparaît comme un compromis acceptable dans un contexte international très tendu. La grave détérioration des relations entre la Russie et les Etats-Unis ainsi que l’Occident a compliqué le processus de succession de Ban Ki-moon. Si Moscou n’a pas mis son veto au Portugais, issu d’une démocratie européenne, c’est, dit-on dans les coulisses onusiennes, parce qu’il aurait obtenu la garantie d’obtenir différents postes en vue au sein de l’institution sise le long de l’East River à New York.

Lire aussi: Ban Ki-moon se laissera-t-il tenter par la présidence?

Face à la guerre en Syrie et au Yémen, à la plus importante crise migratoire qui touche l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, Antonio Guterres va prendre la tête d’une organisation qui a besoin de retrouver un poids et une crédibilité, en particulier dans les questions relatives à l’un des piliers sur lesquels elle a été créée voici 71 ans à San Francisco: la paix et la sécurité. Dans le cadre du conflit syrien et d’autres situations de crise humanitaire, l’ONU a apporté une aide cruciale à des populations en détresse. Mais elle a été marginalisée par les grandes puissances quand il s’est agi de traiter des questions de sécurité internationale. 

«Forte autorité morale»

Au cours du processus de nomination qui a été plus transparent qu’à l’accoutumée sous la pression de la société civile et de l’ONG «1 for 7 Billion», beaucoup ont estimé nécessaire d’élire une personnalité dotée d’une «forte autorité morale», une critique voilée de Ban Ki-moon dont la prudence n’a pas permis de replacer l’organisation multilatérale au centre des préoccupations des grandes puissances, à l’exception notoire du traité de Paris sur le climat. Dans ce sens, Antonio Guterres a prouvé en tant que haut-commissaire aux réfugiés qu’il avait fait preuve d’autorité pour affronter des crises migratoires notamment en Afghanistan, en Syrie et en Irak.

Responsable des questions onusiennes à Human Rights Watch, Louis Charbonneau le souligne: «Avec Antonio Guterres, le Conseil de sécurité a choisi un défenseur efficace et acharné des réfugiés potentiellement capable de tenir un discours radicalement différent en matière de droits de l’homme à une époque de grands défis. […] En fin de compte, le prochain secrétaire général de l’ONU sera jugé sur sa capacité à résister aux puissances qui viennent de le choisir.»


Dates

30 avril 1949: Naissance d’Antonio Guterres à Lisbonne.

1992: Devient secrétaire général du Parti socialiste portugais.

1995: Nommé premier ministre.

Mars 2002: Défaite des socialistes aux législatives. Il démissionne et se retire de la vie politique.

2005: Kofi Annan le nomme haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés. Fonction qu’il occupe pendant deux mandats de cinq ans.

Publicité