Les murs du petit local sur la rue sont couverts d'affiches et de photos: combattants en tenue camouflée portant leur kalachnikov sur la poitrine, aigle albanais noir sur fond rouge, portraits de chefs, dont celui de Sali Berisha, le leader nationaliste de Tirana. Il y a une odeur de guerre sur Arthur Avenue, dans le Bronx profond. Mais Dervish Jahjaga, qui porte une veste de cuir contre le froid glacial, est paisible et posé, l'œil constamment attiré vers l'écran de son gros ordinateur.

Edition américaine

Il dirige depuis trois ans l'édition américaine de Bota Sot, l'un des principaux organes du nationalisme albanais, dont les centres sont à Zurich et à Pristina. Le journal, qui a une dizaine de milliers de lecteurs dans le grand New York, a publié des appels aux volontaires et à la solidarité depuis que les combats ont éclaté entre Tetovo et la frontière du Kosovo.

Samedi passé, un commandant de l'UÇK, arrivé de Macédoine, s'est adressé à quatre cents Albanais réunis dans une salle de l'Ideal Night Club, à Staten Island. Il leur a expliqué que dix ans de patience depuis l'indépendance avaient suffi, que son organisation avait besoin d'eux pour mener ce combat pour les droits des Albanais de Macédoine, pour imposer le changement de la constitution, pour libérer les frères et les amis en prison. Il ne parlait pas de séparation, mais tout le monde sait ce que les combattants ont dans la tête. «Que nous soyons comme moi du Kosovo, ou de Macédoine, ou de Tirana, nous sommes tous Albanais, dit Dervish Jahjaga. L'histoire seule nous a divisés, mais nous avons commencé à nous libérer. Il faudra bien, finalement, modifier les frontières artificielles.»

Il y a une longue tradition de solidarité dans la communauté albanaise américaine: 600 000 personnes, dont la moitié dans la région new-yorkaise. La première UÇK y a trouvé des hommes, des conseillers, et beaucoup d'argent pour ses armes. Quand la guerre faisait rage au Kosovo, 1,6 million de dollars avait été récolté en une seule soirée au cours d'une manifestation à Brooklyn. «Si 300 000 d'entre nous donnent un seul dollar par jour, cela fait vite une somme…», s'amuse Jahjaga.

Des départs, un par un

Des volontaires pour la Macédoine? Il en part chaque jour, admet-il avec réticence, un par un, discrètement. «Mais si les combats s'étendent à d'autres localités albanaises de Macédoine, le mouvement sera très important. Les gens ici sont inquiets et très mobilisés. Ils ont tous des parents ou des proches dans la région où ont lieu les combats. Et ils détestent qu'on appelle terroristes ceux qui vont se battre.»