Afrique Centrale

Les appels au secours de Bangui résonnent dans le vide

Paris écarte sèchement la demande d’intervention du président Bozizé, menacé par la progression fulgurante des rebelles du Séléka en direction de Bangui

Comme un air d’affolement à Bangui. Mercredi, de jeunes partisans du président François Bozizé assaillaient à coups de projectiles l’ambassade de France et les bureaux d’Air France dans la capitale centrafricaine, fâchés par l’inertie de Paris face aux convulsions que traverse son ancienne colonie.

Jeudi matin, François Bozizé lui-même (66 ans), acculé par la progression fulgurante de la rébellion du Séléka en direction de Bangui (LT du 24.12.2012), a tenté d’y mettre plus de formes. «Nous demandons à nos cousins français et aux Etats-Unis d’Amérique, qui sont des grandes puissances, de nous aider à faire reculer les rebelles à leur base initiale», a-t-il exhorté, évoquant un «complot» contre son pays, lors d’un discours prononcé devant des milliers de sympathisants dans le centre de la capitale. Sans cela, d’après lui, «la tenue du dialogue à Libreville pour résoudre la crise actuelle» avec les rebelles, préconisé par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), dont des négociateurs sont arrivés hier à Bangui, n’est pas envisageable. Mais l’époque où la France stationnait d’importants contingents militaires en Centrafrique, et y larguait ses parachutistes pour installer un nouveau maître à Bangui après s’être lassée du précédent, est révolue.

Paris compte encore près de 250 hommes dans la capitale, chargés d’appuyer la Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine (Micopax), déployée en 2008 par la CEEAC. Ils n’ont pas vocation à «protéger un régime», a chapitré hier le président français François Hollande, dans une fin de non-recevoir cinglante à son homologue centrafricain. «Si nous sommes présents […] c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays. Ce temps-là est terminé», a-t-il insisté.

Armée en déroute

«La France n’est pas insensible au sort de l’Afrique, comme l’indique sa préoccupation pour le nord du Mali. Mais depuis la doctrine Jospin du «ni indifférence, ni ingérence», le temps des relations occultes et incestueuses a largement disparu», commente Philippe Hugon, de l’Institut français de relations internationales et stratégiques. D’après lui, seules deux circonstances justifieraient une intervention en vertu de l’accord de défense qui lie Paris à Bangui: si la sécurité des 1200 ressortissants français était menacée ou si l’intégrité du territoire centrafricain l’était par une incursion extérieure. Ni l’une ni l’autre ne sont pour l’heure de mise.

Et pour François Bozizé, dont l’armée a été mise en déroute par le Séléka, l’espoir d’un salut militaire ne peut plus venir que de ses voisins de la CEEAC. Il est ténu.

«Bangui est sécurisée au maximum par les troupes» de la Micopax, et «d’autres vont arriver pour renforcer cette mission de sécurisation de Bangui», s’est certes avancé le commandant de la Micopax, le Gabonais Jean-Félix Akaga. Mais affaibli par son exercice calamiteux du pouvoir, François Bozizé ne compterait en réalité guère plus d’amis dans la région. Même le Tchadien Idriss Déby, sans la complicité armée duquel il ne serait pas arrivé au pouvoir en 2003, ne s’est pas encore fendu d’un soutien explicite. Les soldats, autrement mieux entraînés que les Centrafricains, qu’il a dépêchés en nombre inconnu la semaine passée chez son voisin en force «d’interposition» n’ont pas encore fait parler d’eux.

«La stratégie d’Idriss Déby est difficilement lisible, s’étonne un bon connaisseur de la région. Il n’a rien à gagner d’une déstabilisation sur la frontière sud du Tchad. Or il n’a rien fait pour envoyer un message militaire fort aux rebelles centrafricains.»

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