«Je suis né à Sint-Niklaas, en Flandre orientale. Vu de loin, je n’arrive plus à comprendre ce qui se passe dans ce pays. Nous avons été éduqués sous le blason «l’unité fait la force», c’était une conviction. Puis est venu le mouvement flamand, la prise de conscience d’une langue propre, d’une culture, qui n’est pas identique à celle de l’Etat unitaire construit de manière formelle. Au même moment, à la fin des années 1960, on s’est rendu compte des disparités socio-économiques des deux parties du pays.

A présent, dans cette entité indéfinissable, les deux communautés n’arrivent manifestement pas à apprendre le fédéralisme. Elles restent coincées sur l’appartenance de tel territoire, de telle commune, à une région linguistique.

Ce n’est pas le fédéralisme tel que nous le connaissons ici, chez nous [en Suisse], où l’on vit dans des frontières plus ou moins établies, mais en baignant dans un libre passage des cultures. A Fribourg, je peux parler allemand en zone francophone sans que personne ne me critique. Les universités belges, en particulier, pourraient participer davantage à la circulation des savoirs. Je suis convaincu qu’une convivialité fédéraliste peut s’acquérir. Mais c’est un long apprentissage. La Belgique prendra-t-elle le temps?»