Royaume-Uni

Après le Brexit, pas de solution pour l’Irlande du Nord

Le gouvernement britannique promet qu’il n’y aura pas de frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord. Mais il ne sait pas comment l’empêcher

C’est plus une profession de foi qu’une véritable proposition détaillée. Le gouvernement britannique a publié mercredi sa position sur la question brûlante de l’Irlande du nord après le Brexit. Il promet qu’il n’y aura pas «d’infrastructure physique à la frontière, comme par exemple des postes de douane». L’idée d’un retour d’une frontière «dure» entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, qui risquerait de réveiller les démons du conflit entre Républicains et Unionistes, est résolument écartée.

Mais comment? Le document reste extrêmement flou sur cette question cruciale. Le gouvernement britannique place ses espoirs dans de nouveaux accords douaniers qu’il souhaite signer avec l’Union Européenne. L’objectif est d’alléger au maximum les contrôles pour les rendre quasiment invisibles.

Londres suggère par exemple l’enregistrement électronique à l’avance des camions, suivi d’une reconnaissance automatique de leurs plaques d’immatriculation, qui permettent de ne pas ralentir le trafic à la frontière. Une autre idée est d’exempter de vérifications douanières les petites entreprises, qui constituent 80% du commerce pan-irlandais.

Installer une frontière

Mais Londres reconnaît à demi-mot que même un tel processus allégé ne sera pas suffisant. «Nous allons devoir trouver une solution sans précédent, reconnaît une source gouvernementale. Nous devons la déterminer pendant les négociations à venir avec l’UE.»

La démarcation entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande est la seule frontière terrestre entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne. Or, avec le Brexit, Londres a promis de sortir de l’union douanière (qui supprime les droits de douane au sein de l’UE).

En toute logique, il faudrait donc installer une frontière, avec des douanes pour vérifier l’origine des produits et leur destination. La Norvège, qui ne fait partie de l’union douanière, est par exemple dans ce cas: elle a des douanes à ses frontières. Mais politiquement, une telle solution est explosive. Entre 1969 et 1998, l’Irlande du Nord a été secouée par les «troubles», un conflit larvé entre Républicains catholiques et Unionistes protestants, qui a fait 3500 morts.

Déstabiliser le processus de paix

Depuis les accords du Vendredi Saint, les armes se sont tues, et la frontière a complètement disparu. Sur la route entre Dublin et Belfast, la seule indication de changement de pays vient des panneaux, qui passent des kilomètres aux miles. Entre le nord et le sud, les relations sont très étroites. L’office du tourisme est unifié et le marché électrique est commun.

Dans ce contexte, instaurer de nouveau une frontière physique risque de déstabiliser le processus de paix, alors même que les tensions entre Unionistes et Républicains sont déjà très fortes. Le gouvernement de coalition d’Irlande du Nord est suspendu depuis janvier, suite à une crise de confiance entre les deux camps. Economiquement, les liens étroits entre les deux côtés de la frontière risquent aussi d’être mis à mal.

L’espoir britannique repose donc sur un accord douanier ultra-allégé, qui ne fasse pas sentir sa présence. «Le Brexit est en train de devenir un exercice de sémantique, s’agace Anand Menon, qui dirige le groupe universitaire «UK in a Changing Europe». Quand le gouvernement britannique promet de ne pas avoir de frontière dure, qu’est-ce qu’il veut dire? Qu’il n’y aura pas de miradors? Que les gens pourront continuer à voyager?» Selon lui, même «simplifié», un accord douanier signifiera inévitablement des contrôles aux frontières.

Feu vert de l’Union Européenne nécessaire

Enfin, ces débats internes au Royaume-Uni oublient l’essentiel: il faudra le feu vert de l’Union Européenne, et en particulier de Dublin, pour parvenir à un accord. La réaction sceptique du gouvernement irlandais mercredi en disait long.

Simon Coveney, le ministre des Affaires étrangères, a salué la publication du document, estimant qu’il en partageait «la vaste majorité des principes». Avant d’ajouter: «Bien sûr, ce qu’on n’a pas, ce sont les détails de la façon dont ça marchera.» Reste à trouver une réponse d’ici mars 2019, date effective du Brexit.

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