Brexit

Après le choc, l’Europe cherche un plan B

Les capitales européennes doivent donner un signal clair de relance du projet européen: cela pourrait se faire autour de la sécurité des frontières et la défense, désormais les plus petits dénominateurs communs de l’union

Le Royaume-Uni tire sa révérence et c’est toute l’Europe qui tremble. Le scénario d’un Brexit, auquel personne ne voulait vraiment croire en dehors des eurosceptiques britanniques, prend de court Bruxelles et les capitales européennes. Car ce vote de rejet, qui voit sortir pour la première fois un Etat de l’union, signifie un basculement vers l’inconnu, celui de la déconstruction du projet d’intégration de tout un continent. L’Union européenne (UE) va devoir relever le défi.

«Le pire scénario serait que l’UE se contente de prendre acte de ce résultat et ne réagisse pas, explique Frédéric Esposito, politologue au Global Studies Institute de l’Université de Genève. L’UE a failli, elle doit redéfinir son projet, revoir son logiciel.»

Mais l’UE a-t-elle un plan B, une riposte à la démission du peuple britannique pour éviter l’effet de contagion? Non, tranchait au début du mois le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

«Ne cédons pas à l’hystérie»

A Bruxelles, la première réponse à un scrutin qui résonne comme un camouflet a été lapidaire. «Non, ce n’est pas le début de la fin de l’Union», a réagi Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. «Ne cédons pas à l’hystérie», glissait de son côté Donald Tusk, le président du Conseil européen tout en pressant Londres à ne pas attendre pour enclencher la procédure de départ. Dans un communiqué, la Commission a ensuite indiqué quel sera son rôle pour accompagner hors du club le Royaume-Uni selon les termes de l’article 50 du Traité européen qui prévoit un délai de deux ans.

S’il n’y a pas de plan B, il y a pourtant bien eu des consultations entre capitales ces dernières semaines. La tentation de renforcer l’Union pour répondre au désarroi des populations a été écartée pour plusieurs raisons. «Si le oui au référendum britannique devait l’emporter et qu’il devait être interprété comme un vote contre l’Europe, cela n’aurait aucun sens de répondre immédiatement en demandant plus d’Europe», indiquait il y a peu Jeroen Dijsselbloem au Financial Times.

Plus petit dénominateur commun

La réponse aurait pu venir des 19 pays de l’eurozone avec une véritable gouvernance économique, dans une logique d’avant-garde européenne. Mais là encore, l’échec était programmé. Le débat entre tenants de l’austérité et tenants de la relance n’est toujours pas tranché, l’Allemagne et la France campant sur leurs positions. C’était rouvrir les plaies d’une autre dispute, celle de la Grèce, et de sa possible exclusion de la zone Euro avec un Grexit.

Une initiative franco-allemande semble toutefois avoir fait son chemin, celle d’une Europe de la sécurité et de la défense. Il s’agit d’un plus petit dénominateur commun auquel peuvent se rallier l’ensemble des 27 pays restants de l’Union. Il faut un geste concret pour montrer la capacité d’action de l’UE? Ce sera l’affirmation de la frontière extérieure du continent. Une façon de rassurer les populations inquiètes face à l’immigration et au terrorisme dont le vote nourrit la montée du populisme. C’est l’Europe des barricades qui pourrait entrer en collision avec l’Europe des valeurs inscrites dans l’article 2 de son Traité, notamment sur l’accueil des réfugiés.

Reste Angela Merkel

L’UE doit être en mesure d’«assurer d’abord sa protection, sa sécurité, sa défense», plaidait dès jeudi François Hollande qui en appelle à un «sursaut». Vendredi, le président français ajoutait toutefois que l’UE devait avoir une feuille de route dont les priorités seraient l’«investissement pour la croissance et pour l’emploi», l’«harmonisation fiscale et sociale» ainsi que «le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique».

Mais quelle est aujourd’hui la crédibilité de la France pour relancer le projet européen? La réalité est que l’Allemagne, qui perd avec le Royaume-Uni un allié précieux dans le jeu des équilibres européens, va devoir plus que jamais assumer son nouveau leadership. Angela Merkel a mis en garde vendredi contre des «conclusions rapides et simples du référendum en Grande-Bretagne qui diviseraient encore plus l’Europe».

Les francs-tireurs

Au cœur de l’Europe, Berlin va devoir assurer le point d’équilibre entre le Nord pro-austérité et le Sud pro-relance, entre l’Est anti-immigrés et l’Ouest plus ouvert. Angela Merkel, dernière grande personnalité du continent, aura-t-elle encore assez d’autorité dans son propre pays pour imposer ses solutions à l’ensemble des Européens? Les francs-tireurs vont dégainer de partout. Dès hier, Jaroslaw Kaczynski, le dirigeant du parti au pouvoir et véritable leader de la Pologne, en appelait à un nouveau traité européen. Sa recette? Un grand marché débarrassé du «fédéralisme», une Europe des nations qui pourrait à nouveau convenir à la Grande-Bretagne.

La renégociation des traités, les procédures institutionnelles, voilà justement ce dont les Européens ne veulent plus entendre parler, persuadés d’un déficit démocratique européen qui ferait le jeu des élites. «Le malaise politique est trop grand pour parler d’un nouveau traité, estime Frédéric Esposito. Ce dont l’Europe a besoin, c’est d’Etats généraux, dans chaque pays, puis au niveau de l’Union, pour repenser un destin commun. L’Union doit par ailleurs se montrer plus flexible sans quoi on verra émerger de nouveaux pôles concurrents, l’AELE par exemple.»

Avant un sommet européen consacré au Brexit, mardi et mercredi prochain, Angela Merkel recevra lundi à Berlin François Hollande, Matteo Renzi et Donald Tusk. Un mini-sommet qui marque le début d’un très long chemin, pour trouver la formule capable de réenchanter l’Europe.


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