Les diplomates ont pour règle de s’accrocher. La Conférence de Copenhague sur le climat s’est-elle achevée sur un maigre bilan? Trois mois plus tard exactement, les 18 et 19 mars derniers, des hauts fonctionnaires d’une trentaine de pays se sont retrouvés informellement à Mexico pour s’entretenir de la meilleure manière de relancer la machine en vue du prochain sommet du genre, qui aura lieu en fin d’année à Cancun. L’un d’entre eux, le Suisse Thomas Kolly, chef de la division des affaires internationales de l’Office fédéral de l’environnement, dresse l’état des lieux «après la bataille».

Le Temps: Quelle est aujourd’hui l’ambiance des discussions?

Thomas Kolly: Il existe, il faut bien l’avouer, un problème de confiance. Les parties en présence ont quitté la Conférence de Copenhague sans avoir obtenu les résultats escomptés. De nombreux pays développés, à l’instar de la Suisse, attendaient davantage notamment des Etats-Unis et des pays émergents. Les pays en développement, eux, espéraient un soutien plus affirmé de la part du monde développé. Ils constatent qu’une aide financière à court terme a bien été débloquée en leur faveur et que l’architecture d’une aide à long terme est en préparation mais le reste leur apparaît encore très flou.

– Comment dès lors rétablir la confiance?

– La confiance peut être rétablie de différentes manières. En versant déjà aux pays en développement ce qui leur a été promis. Et, au-delà, en incluant toutes les parties dans le processus de négociations, y compris les plus récalcitrants comme le Venezuela, l’Equateur ou la Bolivie. A Copenhague, une poignée d’Etats ont fini par conclure un accord entre eux et sommé les autres d’accepter le résultat. Le jeu doit s’ouvrir à nouveau.

- La Suisse a-t-elle une chance de représenter un groupe dans ces négociations?

- Certainement. Celui du Groupe de l’intégrité environnementale auquel appartiennent aussi des pays comme le Mexique et la Corée du Sud. Bon, en ce moment, c’est très spécial, puisque le Mexique est chargé de la prochaine conférence des parties.

– Va-t-on changer de méthode pour gagner en efficacité?

– - C’est au programme. Il s’agit de trouver un meilleur équilibre qu’à Copenhague entre représentatitivé et efficacité. La représentativité doit être maximale mais les 193 parties à la Convention de l’ONU sur le climat ne doivent pas pour autant se retrouver systématiquement ensemble autour de la table de négociations. Le mieux est que des groupes d’Etats se donnent à certains moments des représentants de manière à permettre des discussions à 30 ou 40. Nous avons trop souvent abordé tous les problèmes à la fois. Nous projetons désormais d’organiser des réunions préliminaires consacrées à une seule question, comme les sources de financement ou la gouvernance de l’aide financière, afin de leur donner des solutions concrètes. Cela nous permettrait de déblayer le terrain en marge des grandes conférences.

– Les négociations ont eu lieu jusqu’ici, avec les résultats que l’on sait, sous l’égide de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique. Est-il prévu de les mener à l’avenir dans un autre contexte?

– Non. Il a été effectivement question après Copenhague de les transférer dans une autre enceinte. A l’ONU à New York, par exemple, ou même, en dehors du système des Nations unies, dans une instance comme le G20 dont les Etats membres représentent 80% des émissions de gaz à effet de serre. Mais ces scénarios n’ont pas convaincu. Cela est bien ressorti des discussions de Mexico. Les conférences des parties à la convention ont l’avantage de ne mettre en présence que des spécialistes du climat. Dans des contextes différents, le problème du réchauffement risque d’être mêlé à toutes sortes d’autres questions comme le commerce mondial ou les migrations, bref de devenir plus politique encore. Ce qui serait la meilleure façon de ralentir le processus de négociations.