France

Après la défaite, la perspective d’une bataille idéologique au FN

Le score décevant de Marine Le Pen met en lumière les faiblesses de sa campagne. Des responsables frontistes affichent leur désaccord. Une bataille qui pourrait aboutir à une crise au sein du parti d’extrême droite

La présidentielle a montré les limites du «marinisme». Malgré une stratégie d’ouverture assumée, Marine Le Pen a seulement obtenu 33,9% des voix au second tour de la présidentielle. Une défaite cinglante qui ne lui permet pas de tenir sa promesse initiale: conquérir l’Elysée. C’est la deuxième fois que la candidate du Front national (FN) reste aux portes du pouvoir.

«Le Front national, qui s’est engagé dans une stratégie d’alliance, doit profondément se renouveler», a lancé Marine Le Pen devant ses partisans peu après l’annonce des résultats. Elle souhaite «constituer une nouvelle force politique» sans préciser la forme que pourrait prendre son parti. Cette refonte serait une nouvelle étape dans la stratégie de «dédiabolisation» engagée depuis son accession à la présidence du FN en 2011.

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Erreurs stratégiques

Entre le premier et le second tour, Marine Le Pen a gagné près de 4 millions de voix. Trop peu pour espérer battre son adversaire Emmanuel Macron. L’étude des reports de voix montre que le Front national peine toujours à convaincre les électeurs de la droite. La défaite cuisante de François Fillon au premier tour lui ouvrait pourtant un espace. Elle avait d’ailleurs multiplié les appels du pied, jusqu’à plagier un discours de François Fillon lors de son dernier grand meeting à Villepinte. Un «clin d’œil», affirmera son entourage.

Malgré ses efforts, la candidate frontiste a été soutenue par seulement 20% des électeurs de François Fillon, selon l’institut Ipsos. Un appel d’air passager, estime Jean-Yves Camus. «Elle ne peut espérer qu’une chose, que la droite explose. Mais, chez Les Républicains, aucun cadre ne semble tenté par le Front national», indique le politologue spécialiste de l’extrême droite.

Sans précédent, le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan n’aura également pas eu l’effet escompté. Seulement 30% de ses électeurs auraient voté pour la candidate frontiste. Les Insoumis ont, eux aussi, rejeté l’extrême droite. Seulement 7% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont déposé un bulletin Marine Le Pen dans l’urne.

Soutenu par le FN, Robert Ménard dénonce des erreurs stratégiques. «C’est plus qu’une déception, c’est une défaite. On ne peut pas gagner seul une élection en France de ce type-là. Il faut des alliances, et les alliances il ne faut pas les faire une semaine avant le second tour mais longtemps à l’avance», a fustigé le maire de Béziers au micro de RTL.

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«Elle doit passer la main»

L’échec de cette stratégie remet-il en cause la légitimité de Marine Le Pen à la tête du parti? «C’est une défaite personnelle pour elle. Elle doit passer la main», assure un bon connaisseur de la candidate interrogé par Le Monde. Cheffe de file de «l’aile droite» du FN, Marion Maréchal-Le Pen a affiché publiquement ses divergences avec sa tante durant la campagne. Mais il est peu probable qu’elle parvienne à imposer sa position libérale et identitaire. «Marion Maréchal-Le Pen incarne une ligne alternative. Mais le mouvement ne fonctionne pas comme les partis traditionnels. Le rapport de force doit être en sa faveur, or l’appareil est extrêmement verrouillé.»

La députée du Vaucluse n’a pas caché sa déception au soir du second tour. «Nous n’avons manifestement pas réussi à convaincre les Français qu’il s’agissait là d’un référendum pour ou contre la France, pour ou contre l’immigration de masse […] ça, c’est évidemment des choses qui vont nous conduire à réfléchir dans les semaines à venir», a-t-elle déclaré sur LCI.

Dans son viseur? La ligne sociale et souverainiste incarnée par Florian Philippot. Le bras droit de Marine Le Pen est accusé d’avoir effrayé une partie des électeurs de droite, notamment au sujet de l’Europe et de la monnaie commune. «La volte-face sur l’Europe n’a pas été comprise. L’hypothèse d’une sortie de l’Union européenne a fait peur à plusieurs électeurs, comme les petits épargnants qui seraient lourdement pénalisés par une telle mesure», indique Jean-Yves Camus.

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Changement de nom

Les divergences et les tensions devraient éclater au grand jour lors du prochain congrès du Front national. Le camp mariniste voudra alors imposer un nouveau virage au parti. Le Front national pourrait-il disparaître? Florian Philippot, vice-président du mouvement, promet une mue radicale. «Le Front national va évoluer, profiter de cette dynamique de rassemblement et va se transformer en une nouvelle force politique, a-t-il précisé sur TF1. Par définition, il va changer de nom.»

Le fondateur du parti, Jean-Marie Le Pen, a vivement réagi à cette proposition. «Florian Philippot ne peut pas faire le fier, ni proposer un changement de nom. Il doit se rappeler qu’il n’est qu’un hôte dans cette maison», a-t-il répondu au journal Le Monde. Hors de question de court-circuiter l’aile historique du FN. «J’imagine que ce sera un débat qui sera mené dans le cadre des statuts du parti, au moment du congrès en 2018», a supposé sa petite-fille.

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