Bolivie

Après sa démission, Evo Morales s'envole vers le Mexique

Le Mexique a accordé l'asile politique à l'ancien président bolivien. Son départ vers ce pays allié intervient alors que l'armée bolivienne a annoncé vouloir prêter main forte à la police pour ramener l'ordre dans les rues du pays

Se disant menacé, l'ex-président bolivien Evo Morales était à bord d'un avion militaire mexicain lundi soir pour rejoindre le Mexique où il a obtenu l'asile. «Je pars pour le Mexique», et «ça me fait mal d'abandonner le pays pour des raisons politiques», a twitté lundi soir Evo Morales, qui présidait la Bolivie depuis 2006 et a démissionné dimanche.

Quelques minutes plus tôt, des médias locaux ont annoncé qu'un avion militaire mexicain avait atterri dans un aéroport de la région centrale de Cochabamba, le fief du leader socialiste, après une escale à Lima, comme l'avaient indiqué les autorités péruviennes.

«Evo Morales est déjà dans l'avion du gouvernement mexicain chargé d'assurer son transfert en toute sécurité vers notre pays», a ensuite confirmé le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard. Il avait assuré plus tôt que son gouvernement avait été sollicité par Evo Morales: «Il nous a demandé verbalement et de façon formelle de lui accorder l'asile politique dans notre pays.» Mexico le lui avait déjà proposé la veille.

Le remplaçant par intérim d'Evo Morales nommé mardi

Le président socialiste a démissionné mais aussi les successeurs prévus par la Constitution dans l'hypothèse d'un départ du chef de l'Etat: le vice-président Alvaro Garcia, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés, entraînant une vacance du pouvoir. C'est donc la deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, qui a revendiqué la présidence par intérim. «Nous allons convoquer des élections avec des personnalités qualifiées qui vont conduire le processus électoral afin de refléter ce que veulent tous les Boliviens», a-t-elle déclaré.

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«Nous avons déjà un calendrier. Je crois que la population demande en criant que nous ayons un président élu le 22 janvier», a ajouté l'opposante de 52 ans, évoquant la date prévue, avant la crise, de la prise de ses fonctions par le prochain président de Bolivie.

Le Parlement, où les partisans d'Evo Morales sont majoritaires, doit siéger mardi pour entériner les démissions et nommer le remplaçant par intérim d'Evo Morales.

L'Organisation des Etats américains (OEA) a appelé lundi «à la paix et au respect de la loi» pour régler la crise politique en Bolivie et demandé «une réunion d'urgence» du Parlement bolivien «pour garantir le fonctionnement des institutions et nommer de nouvelles autorités électorales pour garantir un nouveau processus électoral». L'OEA a annoncé qu'elle tiendrait mardi une réunion sur la situation en Bolivie.

Une ambiance de guerre civile

Dans les rues, un climat de violence s'est installé, à tel point que la police, «dépassée» par la situation selon son chef à La Paz, le colonel José Barrenechea, a demandé l'aide de l'armée bolivienne, qui l'a acceptée. «Le commandement militaire a décidé que des opérations conjointes seront menées avec la police pour éviter le sang et le deuil dans la famille bolivienne», a annoncé le commandant en chef de l'armée, William Kaliman, dans une déclaration télévisée.

Depuis la mi-journée, les forces de l'ordre se redéployaient progressivement, faisant usage de gaz lacrymogène à El Alto, une localité proche de la capitale et bastion d'Evo Morales, pour disperser des groupes de manifestants encagoulés et armés de bâtons.

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De petites casernes de la police ont été pillées et brûlées lundi dans plusieurs villes, tandis qu'une colonne de plusieurs centaines de partisans d'Evo Morales marchait vers La Paz depuis la ville voisine d'El Alto, un bastion du dirigeant socialiste.

Arborant des whipalas, le drapeau symbole des peuples indigènes, et scandant «Maintenant oui, une guerre civile !», ils étaient des centaines en route vers la capitale, contraignant les magasins à fermer leurs portes. «Plusieurs personnes m'alertent en me disant qu'un groupe de manifestants violents se dirige vers mon domicile pour le détruire. J'en appelle à la Police nationale pour éviter cette folie», a écrit sur Twitter Carlos Mesa.

Tensions entre Trump et Maduro

A Washington, le président américain Donald Trump s'est félicité de la tournure des évènements en Bolivie. «Les Etats-Unis saluent le peuple bolivien pour avoir demandé la liberté et l'armée bolivienne pour avoir respecté son serment de protéger non un seul individu, mais la Constitution de la Bolivie», a déclaré Donald Trump dans un communiqué. «Ces événements envoient un signal fort aux régimes illégitimes du Venezuela et du Nicaragua, que la démocratie et la volonté du peuple triompheront toujours.»

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Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, qui avait dénoncé le «coup d'Etat» de dimanche contre Evo Morales, a répondu à Donald Trump: «Nous sommes prêts pour la bagarre.»

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