Après avoir comparé mercredi matin, au Parlement de Strasbourg, le député allemand (SPD) Martin Schulz à un «kapo» de camp nazi, Silvio Berlusconi a pris, vendredi, le risque de raviver la polémique. Au cours d'une conférence de presse commune, tenue à Rome, en compagnie du président de la Commission européenne, Romano Prodi, le numéro un italien a en effet précisé qu'il n'avait pas présenté ses excuses lors de son entretien téléphonique, jeudi, avec Gerhard Schröder comme celui-ci l'avait souhaité. Alors que le chancelier allemand avait indiqué qu'il considérait «l'incident clos» à la suite du coup de fil de clarification du président du Conseil, le Cavaliere a tranquillement affirmé: «Moi, hier, je n'ai présenté aucune excuse. Au contraire, j'ai souligné avec force que je m'étais senti offensé par les graves propos tenus à mon encontre, mais aussi à l'adresse de mon pays présenté comme un pays où serait en vigueur, non pas une démocratie, mais un régime autoritaire. J'ai ajouté que si quelqu'un avait interprété une petite phrase ironique comme une offense aux sentiments d'un pays, j'en suis désolé. Mais je n'ai pas présenté d'excuses, j'ai seulement fait part de mon regret.»

Prenant les rênes de l'Union européenne pour six mois, le chef du gouvernement italien avait mercredi répondu aux violentes attaques de Martin Schulz concernant entre autres son conflit d'intérêts en lançant: «Je sais qu'en Italie, un producteur est en train de tourner un film sur les camps de concentration nazis, je vous proposerai pour le rôle de kapo.» Vendredi, Berlusconi a tenté de mettre les critiques de Martin Schulz et son dérapage sur le même plan: «On ne peut pas avoir d'un côté le droit d'offenser et ne pas reconnaître à l'autre un droit analogue.» Et d'enchérir: «J'ai reçu de graves offenses (de la part de la gauche européenne, ndlr) et je suis intervenu avec gentillesse. Puis j'ai évoqué la manière et le ton du député allemand qui m'a rappelé un certain Schulz de la série télévisée «Les héros d'Hogan», une bonne poire qui en faisait de toutes les couleurs.» En conclusion, Berlusconi a ironisé: «J'ai estimé que j'étais en accord avec l'atmosphère festive et folklorique créée par les parlementaires allemands.»

Dans ce contexte, les autres thèmes abordés durant la conférence de presse avec Romano Prodi (immigration, convention, rapports avec la Libye, etc.) sont passés au second plan.

«L'Europe va malheureusement rire d'un président de l'UE qui, au lieu de représenter dignement les institutions européennes, traite de facto le chancelier allemand de menteur et continue de se moquer du chef du groupe parlementaire SPD à Strasbourg», a immédiatement commenté le parlementaire démocrate de gauche (DS) Pietro Folena, tandis que l'un de ses collègues de parti ajoutait: «Une confrontation à l'américaine entre Schröder et Berlusconi serait intéressante pour établir qui a dit la vérité.»

En attendant, à Berlin, on persistait à considérer les regrets exprimés jeudi par Silvio Berlusconi au chancelier «comme des excuses». Le porte-parole du gouvernement, Bela Anda, a précisé: «Cela ne pouvait pas être compris autrement et cela a été interprété de manière générale comme des excuses, à juste titre. Tout le reste, ce sont des interrogations sémantiques auxquelles nous ne nous livrons pas.» «J'espère qu'un proche du premier ministre Silvio Berlusconi lui donnera un bon conseil», a-t-il toutefois ajouté.

Le président du Parlement de Strasbourg, Pat Cox, continue de son côté de demander à Silvio Berlusconi de venir présenter ses excuses devant les députés européens. «Les déclarations d'aujourd'hui (vendredi, ndlr) ne contribuent pas à trouver une solution», a indiqué son porte-parole, tandis que le vice-président allemand du Parlement européen, Ingo Friedrich, prenait ses distances avec le Parti populaire européen (PPE), dont Forza Italia est l'une des composantes, en estimant que «tout le monde devrait traiter le Parlement avec décence», et que Silvio Berlusconi devrait clarifier sa position «personnellement et sans ambiguïté».