Travaux publics

Après le drame de Gênes, Rome annonce un audit des infrastructures du pays

Au lendemain de l’écroulement du viaduc autoroutier à Gênes, le ministre italien des Transports souhaite un audit général sur les ponts et tunnels dans toute l’Italie. La gestion des infrastructures par des sociétés privées est critiquée

Le ministre italien des Transports Danilo Toninelli a annoncé mercredi un audit général des ponts et des tunnels vieillissants dans toute l’Italie. Il s’exprimait au lendemain de l’effondrement d’un pont à Gênes qui a fait au moins 42 morts selon un dernier bilan.

L’espoir de retrouver des survivants s’amenuise, alors que la protection civile a aussi confirmé 15 blessés, dont une douzaine dans un état grave. Il y a aussi encore quelques disparus. Trois enfants âgés de 8 à 13 ans figurent parmi les victimes. Il y a également trois Français ainsi que trois Chiliens qui résidaient en Italie, selon les services diplomatiques des deux pays concernés.

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Le pont Morandi, sur l'A10, s'est écroulé ce mardi 14 août vers midi. Le bilan, qui va sans doute s'alourdir, est de trente-cinq morts

Retrait de concession pour la société autoroutière

Le ministre des Transports a déclaré avoir lancé une procédure de retrait de la concession autoroutière accordée à la société Autostrade per l’Italia, filiale du groupe Atlantia, à la suite de cette catastrophe.

«Autostrade per l’Italia n’a pas été capable d’assumer ses obligations dans le cadre de l’accord régulant la gestion de cette infrastructure», a-t-il dit sur l’antenne de la RAI. L’Etat réclamera également des sanctions significatives, a-t-il précisé, ajoutant qu’elles pourraient atteindre les 150 millions d’euros.

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Le ministre a estimé, sur sa page Facebook, que les dirigeants d’Autostrade per l’Italia devaient démissionner. Aucune réaction n’a pu être obtenue auprès du groupe Atlantia après ces déclarations.

Accident «imprévisible»

Une section du pont Morandi, sur l’autoroute A10 qui relie Gênes à la France, s’est effondrée mardi en fin de matinée alors qu’un violent orage s’abattait sur la capitale de la Ligurie.

Le pont avait été construit entre 1963 et 1967 en grande partie avec du béton armé précontraint. Or dès ses premières décennies d’existence, l’ouvrage a fait l’objet de travaux de maintenance importants liés en particulier à la dégradation inéluctable du béton, accentué par les vibrations du trafic.

Le pont «ne s’est pas écroulé par fatalité»

Autostrade per Italia a rappelé mardi que d’importants travaux de rénovation avaient été menés sur le viaduc en 2016. Parlant d’un accident «imprévisible», son directeur pour la région de Gênes, Stefano Marigliani, a assuré que le pont était «constamment surveillé, bien au-delà des exigences légales», et qu’il n’y avait «aucune raison de penser qu’il était dangereux».

Pour Luigi Di Maio, vice-premier ministre et chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), le pont «ne s’est pas écroulé par fatalité mais parce que la maintenance n’a pas été faite».

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«Pendant des années on a dit que faire gérer les autoroutes par des privés était mieux que par l’Etat. Maintenant on a l’un des plus grands concessionnaires européens qui nous dit que ce pont était en sécurité et que rien ne laissait imaginer l’effondrement», a lancé Luigi Di Maio.

Autres ouvrages concernés

Giovanni Toti, gouverneur de la province de Ligurie, dont Gênes est le chef-lieu, a pour sa part estimé que les travaux d’entretien du viaduc construit à la fin des années 1960 avaient été «insuffisants».

Le drame de Gênes a tiré la sonnette d’alarme en Italie. Selon le quotidien La Repubblica, 300 ponts et tunnels en Italie sont dans un piteux état. Une infrastructure vétuste ainsi qu’un entretien lacunaire sont mis en cause.

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