Une victoire. Mais quelle victoire? Quatre jours après l'assaut lancé lundi contre le bastion insurgé sunnite de Falloujah, les troupes américaines ont évité, sur le terrain, l'enlisement tant redouté. Leur prise de contrôle rapide de la ville s'est toutefois accompagnée d'une nouvelle épidémie de violence à Bagdad, Mossoul et Ramadi. Explications.

La fin du sanctuaire rebelle

Il est peu probable que les insurgés puissent réinvestir un jour Falloujah. Après trois jours de combats, les 10 000 Marines américains et les 2000 soldats irakiens tiennent la cité d'une main de fer et ils ont commencé à mener, maison par maison, un «nettoyage». Leurs premières découvertes, alors que les combats se poursuivaient encore vendredi, ont confirmé que Falloujah servait bien de sanctuaire aux groupes armés: plusieurs otages ont été libérés, dont Mohamed al-Joundi, le chauffeur syrien des journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot. Lesquels, en revanche, demeurent introuvables. Une salle d'exécution, où les terroristes auraient décapité des otages, a également été découverte. Des tenues noires conformes à celles revêtues par les tueurs sur leurs cassettes vidéo se trouvaient sur les lieux, ainsi que des CD et des listes de noms. Autre découverte de taille: plusieurs arsenaux dissimulés dans des maisons ordinaires. La victoire de Falloujah s'est accompagnée de rafles dans les milieux «salafistes», ces sunnites fondamentalistes partisans de la guerre à outrance: vendredi, l'un des imams les plus influents de cette mouvance, le cheikh Mahdi al-Soumaïdaï, a été arrêté à Bagdad.

Le risque d'embrasement

Tour à tour, les rues de Ramadi, ville sunnite proche de Falloujah, et de Mossoul, dans le Kurdistan, se sont embrasées cette semaine. A Mossoul, des groupes de combattants insurgés ont même pris le contrôle du centre-ville déserté par l'armée américaine. Ce qui s'est passé à Falloujah va-t-il se répéter ailleurs? C'est le risque, même si l'on peut penser que les rebelles, et parmi eux les groupes terroristes, vont plutôt chercher maintenant à se fondre dans la nature. L'appel à la résistance à Falloujah du Jordanien Al-Zarkaoui, chef présumé d'Al-Qaida en Irak, relayé vendredi sur un site internet islamiste, ressemble en ce sens étrangement aux appels à se battre lancés à la fin de la guerre par Saddam Hussein à ses troupes. Le dictateur exhortait son armée à la résistance alors que ses soldats et miliciens, sur le terrain, se débarrassaient de leurs uniformes pour se fondre dans la foule. Avec les conséquences que l'on sait.

Et maintenant?

De longs combats à Falloujah auraient été un échec pour le gouvernement du premier ministre, Iyad Allaoui, partisan de la manière forte. Ce succès militaire rapide renforce donc sa position. Mais il ne résout rien sur le fond. Le risque le plus grand est que les terroristes choisissent maintenant de s'en prendre aux équipes électorales pour torpiller le scrutin prévu en janvier. Un boycott des élections par une partie de la minorité sunnite n'est pas non plus à exclure.