Equateur

Après des incidents à Quito, Lenin Moreno instaure un couvre-feu

A Quito, le Parlement a été brièvement envahi mardi par les manifestants protestant contre la hausse massive du prix de l'essence. L'état d'urgence avait déjà été proclamé pendant 60 jours par le président équatorien 

Le président équatorien Lenin Moreno a ordonné mardi un couvre-feu nocturne autour des lieux de pouvoir à la suite d'incidents à Quito entre policiers et manifestants protestant contre la hausse massive du prix de l'essence. La liberté de circulation a été restreinte entre 20 heures et 5 heures locales (5 heures et 14 heures le lendemain en Suisse) pour «les zones adjacentes aux bâtiments et aux installations stratégiques telles que les bâtiments qui abritent» la puissance publique, dispose un décret signé par le chef de l'Etat.

Lenin Moreno, qui avait déplacé lundi le siège du gouvernement à la capitale économique du petit pays sud-américain, Guayaquil (sud-ouest), avait déjà proclamé l'état d'urgence pendant 60 jours afin que les forces armées puissent rétablir l'ordre. Le couvre-feu aura la même durée.

De nouveaux incidents entre les forces de l'ordre et des manifestants ont éclaté mardi dans la capitale. Les policiers qui bouclaient le centre historique de Quito faisaient usage de gaz lacrymogène. En face, des centaines d'hommes au visage masqué et armés de bâtons tentaient de progresser en jetant des pierres. A la fumée des gaz se mêlait celle des barricades incendiées, faites de pneus et branchages.

Après une brève incursion jusque dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, un groupe de protestataires a été repoussé par des policiers et des militaires, selon la télévision locale. Des manifestants avaient déjà tenté d'accéder au Parlement lundi.

Un mouvement social depuis octobre

Des milliers d'indigènes et de paysans continuaient d'affluer vers Quito pour participer mercredi à une grande manifestation aux côtés des syndicats. Lenin Moreno, libéral de 66 ans, a tendu la main aux indigènes en les invitant à dialoguer. Pour l'heure, le camp adverse n'avait pas fait connaître sa réponse. Sa ministre de l'Intérieur, Maria Paula Romo, a ensuite annoncé que le gouvernement acceptait «une médiation des Nations unies et de la Conférence épiscopale» (Eglise catholique), déjà à pied d'oeuvre auprès de leaders de la contestation.

Ce petit pays andin est secoué depuis début octobre par un mouvement social inédit depuis 2007, marqué par des blocages de routes et de puits pétroliers en Amazonie, des manifestations parfois violentes et des grèves paralysant le pays.

La décision du président Moreno de supprimer des subventions des carburants d'un montant total de 1,3 milliard de dollars (l'économie équatorienne est dollarisée) est entrée en vigueur jeudi. Cela a entraîné des hausses des prix des carburants allant jusqu'à 123%. Le litre est ainsi passé en moyenne de 0,48 à 0,63 dollar, selon le site globlapetrolprices.com. Les pertes de production de l'entreprise d'Etat Petroamazonas s'élevaient mardi à 165 000 barils par jour, soit 31% des chiffres habituels, selon un communiqué du ministère de l'Energie. Lundi, la baisse de production était de 12%.

Un appel international au dialogue

Lundi soir, dans un discours radio-télévisé, Lenin Moreno avait accusé le président vénézuélien, «le satrape (Nicolas) Maduro», et son propre prédécesseur, Rafael Correa, d'avoir «activé» un «plan de déstabilisation». Ce qu'ils nient tous les deux.

De son côté, la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (Conaie), principal organe représentatif des peuples autochtones du pays, a pris ses distances avec l'ancien chef de l'Etat et les violences de lundi. «Nous luttons pour la sortie de l'Equateur du FMI (Fonds monétaire international). Nous ne permettrons pas que ceux qui nous ont criminalisés durant 10 ans récupèrent notre lutte et celle du peuple équatorien», a écrit la Conaie sur Twitter. «Les actes de vandalisme signalés à proximité du (siège du) Contrôleur général et du Parlement n'ont rien à voir avec nos militants, notre lutte ne sera pas délégitimée.»

Lire aussi:  L'Equateur quitte l'Union des nations sud-américaines

Le Brésil, l'Argentine, la Colombie et quatre autres pays latino-américains ont fait part mardi de leur «ferme soutien» au président Moreno. L'Organisation des Etats américains (OEA), l'Union européenne, les Etats-Unis et l'Espagne ont condamné les violences et appelé au dialogue.

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