Thierry Breton, le nouveau ministre de l'Economie et des finances qui a succédé à Hervé Gaymard après sa démission, vient de déposer une plainte pour le vol de six dossiers fiscaux dans les locaux d'un centre des Impôts qui couvre quelques-uns des quartiers les plus huppés de Paris.

On fait plus glorieux pour débuter une carrière ministérielle, d'autant que les personnalités concernées par ces vols sont Hervé Gaymard, son malheureux prédécesseur, Lionel Jospin et Laurent Fabius, deux anciens premiers ministres, Claudie Haigneré, actuelle ministre déléguée aux Affaires européennes, Claude Chirac, la fille et la conseillère du président de la République, ainsi que Robert Badinter, l'ancien ministre de la Justice dont une partie des documents seulement aurait disparu.

Cette affaire suscite des interrogations contradictoires, en raison de la difficulté du vol (ces dossiers sont en principe conservés dans un coffre et ne sont accessibles qu'à très peu de personnes) et en raison de leur nature. L'hebdomadaire L'Express, qui l'a révélée, fait le lien – comme la plupart des journaux – avec l'«affaire Gaymard». L'ancien ministre aurait d'ailleurs été mis au courant de ce vol le 4 février, donc bien avant sa démission (le 25 février).

«Grandes manœuvres»

Le Canard enchaîné, qui a lancé l'«affaire Gaymard», aurait-il eu connaissance de ces dossiers? Cette hypothèse est rejetée par l'un des responsables du Syndicat national unifié des Impôts, qui exprime sa «surprise la plus totale», mais qui dément que ces documents ont pu servir. Ils ne contiendraient que des éléments sur les revenus. Or, les informations publiées à propos d'Hervé Gaymard concernaient son patrimoine et son logement loué en 2005, donc après la période couverte par les dossiers volés.

Un proche de l'ex-ministre des Finances, cité anonymement dans le quotidien Le Parisien, n'hésite pas à entrevoir l'action d'«officines» à la recherche de «munitions» en vue des prochaines batailles politiques. «C'est clair, dit-il, les grandes manœuvres ont commencé en vue de la prochaine présidentielle [de 2007].» Il pense sans doute aux éventuels candidats socialistes, Laurent Fabius et Lionel Jospin, mais aussi au président de la République (à travers le dossier de sa fille). Selon Le Monde, Laurent Fabius, prévenu le 6 mars par le ministre des Finances, aurait déclaré: «Thierry Breton s'est excusé dimanche, mais je m'en fous, je n'ai rien à cacher.» Quant à Lionel Jospin, il ne s'est pas exprimé mais son épouse, Sylviane Agacinski, a dit mardi sur RTL: «Cela fait un peu désordre, c'est sûr. En ce qui nous concerne, puisque nous faisons une déclaration commune, nous déclarons nos revenus et nous payons nos impôts. Pour le reste, cela ne m'émeut pas.»