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Après l'Aquarius, l'Italie refuse un autre bateau de réfugiés

Peu avant un mini-sommet européen qui a lieu dimanche, Matteo Salvini presse Malte d’accueillir un navire de Lifeline, et brocarde la France comme l'Allemagne. Le gouvernement français reconnaît que les discussions à venir seront «difficiles»

L'Italie maintenait vendredi sa ligne dure à l'encontre des ONG aidant les migrants en Méditerranée, à quelques heures d'un mini-sommet européen sur les migrations qui s'annonce tendu, tant le sujet divise désormais les Européens.

Menace de mise sous séquestre des navires, refus d'ouvrir ses ports, le nouveau gouvernement italien, au pouvoir depuis trois semaines, veut réduire les arrivées de migrants sur ses côtes. Cette fois, c'est une ONG allemande, Lifeline, qui se retrouve dans son collimateur.

«Le bateau illégal Lifeline est maintenant dans les eaux maltaises avec son chargement de 239 migrants. Pour la sécurité de l'équipage et des passagers nous avons demandé que Malte ouvre ses ports», a affirmé sur Twitter le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini. «Evidemment, ce bateau devra ensuite être mis sous séquestre et son équipage arrêté», a aouté le chef du parti d'extrême droite La Ligue.

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Malte renvoie le cas à l'Italie

Mais une source proche du gouvernement maltais, cité par le quotidien Times of Malta, a indiqué vendredi soir que «Malte n'était ni l'autorité coordinatrice, ni celle compétente pour les secours» car, selon cette source, «l'opération a été initialement gérée par le Centre (de coordination des secours maritimes) de Rome et l'autorité libyenne».

Un refus de Malte d'accueillir le navire humanitaire auquel Matteo Salvini a vivement réagi dans la soirée. «Si une seule personne devait se faire mal à bord de ce bateau, par ailleurs géré par des gens qui auront affaire à la justice, nous demanderons des comptes à Malte car ils sont devant leurs ports, aux Allemands parce que l'association est allemande, et aux Néerlandais parce le pavillon est le leur», a-t-il prévenu lors d'une réunion en Toscane.

Un bilan du HCR:  Près de 220 migrants se sont noyés au large de la Libye depuis mardi

«Si les Maltais se comportent de la sorte nous saurons comment réagir», a ajouté Matteo Salvini, qui est aussi vice-Premier ministre, en réaffirmant que le Lifeline n'arriverait «pas dans un port italien».

L'Italie n'est plus un pays à vendre, occupé, un peu français, un peu allemand

Matteo Salvini

«L'Italie n'est plus un pays à vendre, occupé, un peu français, un peu allemand», avait lancé plus tôt dans la journée depuis Sienne, Matteo Salvini, omniprésent dans les médias et qui s'est imposé comme l'homme fort du nouveau gouvernement.

Un mini-sommet mal parti

A deux jours d'un mini-sommet à Bruxelles centré sur la question des migrations en Europe, le gouvernement populiste à Rome veut faire «entendre sa musique». Avec ce gouvernement, «l'Italie n'a jamais été aussi au centre» des discussions, a encore dit Matteo Salvini, citant le coup de téléphone jeudi de la chancelière allemande Angela Merkel au président du Conseil italien Giuseppe Conte.

A propos du mini-sommet à venir:  Bruxelles rêve de «désembarquer» les migrants

Tentée par un boycott de ce mini-sommet, l'Italie a finalement confirmé sa participation après avoir été rassurée par Mme Merkel. «Si nous y allons pour recevoir un petit devoir déjà préparé par les Français et les Allemands, mieux vaut économiser l'argent du voyage», avait déclaré jeudi Matteo Salvini.

Angela Merkel a toutefois «éclairci les choses» en parlant de «malentendu»: le projet de conclusions de ce sommet, dont le contenu avait fuité mercredi dans la presse, sera écarté, avait alors assuré Giuseppe Conte.

L'agacement de Rome tient au fait que le texte aborde insuffisamment la question de la protection des frontières européennes pour se concentrer sur le redéploiement des migrants dès lors qu'ils sont déjà arrivés en Europe.


Un sommet «difficile»

Le porte-parole du gouvernement français a jugé ce samedi que le sommet européen fin juin, largement consacré à l'immigration, serait «difficile», notamment en raison du «boycott» d'un mini-sommet dimanche par des pays d'Europe centrale.

«Ce sera évidemment au menu des discussions du week-end et du conseil européen, qui sera difficile la semaine prochaine, il ne faut pas mentir à nos concitoyens», a soutenu Benjamin Griveaux sur la radio Europe 1.

Angela Merkel a exclu vendredi qu'il puisse y avoir une «solution» européenne sur les migrants au sommet de l'UE des 28 et 29 juin, dont dépend largement sa survie politique. «Pour l'instant, il y a des positions qui sont loin d'être rapprochées», a observé Benjamin Griveaux, déplorant les «positions de boycott» des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie).

Ces quatre pays d'Europe centrale, favorables à une ligne dure sur l'immigration, ont exclu jeudi de participer au mini-sommet européen de dimanche, rendant hypothétique l'élaboration d'un consensus souhaité notamment par l'Allemagne et la France. (AFP)

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