Le libéral Louis Michel ou le socialiste Elio di Rupo, à l'instar des autres membres du nouveau gouvernement belge, affichaient mardi à Bruxelles la mine des négociateurs épuisés. Voilà cinquante jours qu'ils discutaient à «quatre partenaires et cinq partis politiques», selon la formule du premier ministre belge Guy Verhofstadt pour trouver un programme commun à la coalition «violette» qui s'apprête à prendre en main les destinées belges.

Mardi matin, après deux nuits blanches, libéraux francophones et flamands, socialistes de mêmes appartenances ainsi que le SPA-Spirit (allié de la gauche flamande) avaient enfin fini de dessiner le visage de la Belgique pour les quatre années qui viennent. Résultat: un programme «ni bleu (libéral), ni rouge», mais purement violet – «cette belle couleur!» s'enthousiasme Guy Verhofstadt. Un premier ministre qui, contrairement à ses partenaires épuisés, semblait hier en pleine forme, volubile et mordant, prêt à en découdre pour un nouveau mandat.

Les cinq partis devront pourtant encore approuver cette feuille de route «pour une Belgique créative et solidaire» et se répartir les postes ministériels, mais Guy Verhofstadt est déjà assuré de diriger – après la coalition «arc-en-ciel» qui vient de démissionner – cette nouvelle équipe dont les écologistes sont désormais exclus. Louis Michel et Didier Reynders devraient aussi, sauf surprise, conserver leurs places aux Affaires étrangères et aux Finances.

La disparition des écologistes ne devrait pas remettre en cause les avancées originales de l'Etat belge en matière d'éthique, notamment sur l'euthanasie et le mariage homosexuel. S'agissant des couples du même sexe, il entend même demander au parlement de présenter des solutions pour ouvrir les portes de l'adoption. En revanche, contrant ainsi l'obstination récente des écologistes, le gouvernement violet veut rapidement faire passer une loi qui autorise une dérogation à l'interdiction de la publicité sur le tabac, pour permettre le retour à Spa-Francorchamps du Grand Prix automobile de F1.

Alors que les dirigeants de partis négociaient, Washington a lancé une charge violente contre la loi de compétence universelle belge, au nom de laquelle les plaintes se multipliaient, malgré une première adaptation. Tony Blair, George Bush et même Louis Michel lui-même ont été visés. Face aux menaces des Américains de déménager le siège de l'OTAN hors de Belgique, la loi va connaître une nouvelle «adaptation» très rapide qui «permettra de répondre à toutes les objections et à tous les problèmes», promet Guy Verhofstadt.