L'Iran privilégie la piste séparatiste arabe, dimanche 23 septembre, au lendemain de l'attentat ayant coûté la vie à 24 personnes à Ahvaz, dans le sud-ouest du pays. Téhéran a également accusé un «petit» Etat du Golfe d'être derrière cet acte «terroriste».

La République islamique a aussi reproché à trois pays européens, le Danemark, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, d'abriter des membres du «Front populaire et démocratique des Arabes d'Ahvaz» (FPDAA), groupe séparatiste mis en cause par Téhéran dans cette attaque lors d'un défilé militaire.

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Ahvaz est la capitale du Khouzestan. Dévastée par la guerre entre l'Irak et l'Iran (1980-1988), cette province pétrolifère du sud-ouest de l'Iran est peuplée majoritairement d'Arabes.

L'attaque de samedi a été perpétrée par un commando de quatre hommes qui ont ouvert le feu sur la foule qui assistait à un défilé à l'occasion de la Journée nationale des forces armées, qui marque l'anniversaire du déclenchement, par Bagdad, de la guerre Iran-Irak. Les assaillants ont ensuite été abattus. Ils ont fait 24 morts et 60 blessés, selon le dernier bilan des autorités locales. La télévision d'Etat avait annoncé samedi 29 personnes tuées. 

Chargé d'affaires émirati convoqué

«Nous n'avons aucun doute sur l'identité de ceux qui ont fait ça», a dit le président iranien Hassan Rohani, avant de décoller pour New York, où il participera à l'Assemblée générale annuelle de l'ONU. Il a accusé les auteurs de l'attentat d'avoir été des «mercenaires» du dictateur irakien Saddam Hussein avant de se trouver après sa mort un nouveau «maître» sur «la rive sud du Golfe persique».

Hassan Rohani n'a nommé aucun État, mais les Affaires étrangères iraniennes ont convoqué dimanche le chargé d'affaires émirati à Téhéran. Anwar Gargash, ministre délégué aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis, a lui affirmé que son pays n'avait aucun lien avec l'attentat et a accusé Téhéran d'avoir lancé une «campagne» contre Abou Dhabi.

Le groupe djihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué l'attaque, mais les autorités iraniennes ne semblent pas prendre cette revendication au sérieux. Une revendication au nom du FPDAA a aussi été diffusée samedi sur une chaîne satellitaire, Iran International. Dans un communiqué publié sur son site, ce groupe a nié toute implication, et accusé Téhéran d'avoir commandité l'attaque pour détourner l'attention du soutien qu'elles apportent «à des milices dans la région».

Réponse «terrible»

Samedi, Hassan Rohani avait promis une réponse «terrible» à l'attaque d'Ahvaz.  Le ministère des Affaires étrangères iranien a annoncé dans la nuit avoir convoqué samedi les diplomates représentant le Danemark, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas à Téhéran. Il leur a fait part des «fortes protestations de l'Iran contre le fait que leurs pays respectifs abritent certains membres du FPDAA.


Samedi, la Russie, la Turquie, la Syrie et la France ont condamné fermement l'attentat. Les Etats-Unis ont aussi condamné, dimanche, «toute attaque terroriste n'importe où». Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a vu dans cette attaque «une continuation de la conspiration des gouvernements de la région à la solde des Etats-Unis». D'autres responsables iraniens ont accusé, qui l'Arabie saoudite, qui »deux Etats (arabes) du Golfe" d'avoir armé ou financé le commando.

L'Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis, est le grand rival régional de l'Iran. Les deux pays s'opposant sur de nombreux dossiers au Moyen-Orient, notamment dans les conflits en Syrie et au Yémen. Téhéran et Ryad ont rompu leurs relations diplomatiques en janvier 2016. L'Iran entretient également des relations tendues avec les Emirats, dont ils dénoncent régulièrement la participation à la coalition militaire sous commandement saoudien qui combat au Yémen contre les rebelles Houthis. Téhéran dit soutenir politiquement cette rébellion, mais pas militairement.