France

Après l’idéaliste Hulot, le pragmatique De Rugy

Le nouveau ministre de l’Ecologie n’est guère surprenant. Emmanuel Macron a préféré «verrouiller» afin de poursuivre au plus vite ses réformes, y compris le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu.

Changement radical de style, mais intitulé inchangé. Aussi différent soit-il de Nicolas Hulot, son remplaçant François de Rugy gardera des fonctions identiques: ministre d’Etat, chargé de la Transition écologique et solidaire. Une manière, pour Emmanuel Macron et son premier ministre Edouard Philippe, de refermer sans vagues la crise ouverte par la démission surprise de l’ancien animateur de télévision, parti en avouant son impuissance face aux «lobbies» et à une approche trop peu écologique des enjeux économiques.

Lire notre éditorial: Transformer la France, vraiment?

Le remaniement ministériel annoncé s’est d’ailleurs réduit, mardi, à une seule autre nomination: le remplacement de l’ex-championne d’escrime Laura Flessel comme ministre des Sports par l’ex-nageuse Roxana Maracineanu. Des soucis fiscaux expliqueraient, selon la presse française, le départ de Laura Flessel, dont la réputation de gaffeuse avait été gommée par l’euphorie de la victoire de la France au Mondial de foot en juillet.

Pas de vagues

Oubliée, donc, l’idée d’un big bang que Nicolas Hulot espérait peut-être provoquer en claquant la porte du gouvernement le 28 août, en direct au micro de France Inter. Elu Vert rallié à Emmanuel Macron après avoir été candidat à la primaire présidentielle du Parti socialiste en 2017, François de Rugy avait conservé son siège de député de Loire-Atlantique en juin 2017, avant d’être élu président de l’Assemblée nationale.

Son départ pour le gouvernement, alors qu’il était jusque-là le quatrième personnage de l’Etat, prouve la difficulté d’exister du pouvoir parlementaire en France face à l’exécutif, qui dispose d’une solide majorité absolue de députés du parti présidentiel La République en marche (313 sur 577) et peut ainsi faire voter ses textes de lois sans difficultés.

Autre preuve du verrouillage politique actuel: le nouveau ministre pourrait être remplacé au perchoir par le patron du groupe majoritaire Richard Ferrand, ex-socialiste et soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, un temps handicapé par ses démêlés avec la justice à propos d’acquisitions immobilières.

Le poids des «lobbies»

Une nouvelle fois, Emmanuel Macron a donc résisté à tous ceux qui le pressaient de se remettre en cause. Le président français a au contraire privilégié le moindre risque, après avoir consulté ce week-end le vétéran écologiste Daniel Cohn-Bendit, avec lequel il pourrait faire cause commune pour les élections européennes de mai 2019.

Les accusations portées par Nicolas Hulot sur le poids des «lobbies» (comme celui du nucléaire ou celui des chasseurs) sont restées lettre morte, même si son successeur a promis de ne pas dévier de la route tracée depuis le début du quinquennat: «Je serais toujours à l’écoute des contraintes réelles mais je ne dévierai pas de la voie de la transformation écologique voulue par les Français lors des élections de l’année passée», a-t-il déclaré lors de sa passation de pouvoir avec l’ancien producteur de l’émission Ushuaïa.

Un quinquennat en zone de turbulences

Autre preuve de fermeté d’Emmanuel Macron: le maintien à son poste de la ministre de la Culture Françoise Nyssen, ancienne directrice de la maison d’édition Actes Sud, déstabilisée ces temps-ci par des accusations portées contre son ex-entreprise pour des aménagements immobiliers non autorisés à son siège parisien.

Une bonne partie des professionnels de la culture lui reprochent pourtant son bilan mitigé et ses reculades face à son administration. L’animateur Stéphane Bern, qui a lancé mardi son loto pour le patrimoine, avait pris la parole dans la foulée de Nicolas Hulot pour dire qu’il ne sera pas «un cache-misère» et qu’il ne se contentera pas d’«effets d’annonces».

Le dernier acte de cette journée placée sous le signe de la fermeté et de la continuité est revenu, sur le plateau du 20 heures de TF1, au premier ministre Edouard Philippe. Lequel a confirmé la mise en oeuvre, au 1er janvier 2019, du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu. Une réforme justifiée par le souci d'efficacité, et maintenue malgré le risque d'anticipations négatives des ménages en période de croissance à la baisse.

Le quinquennat Macron est entré en zone de turbulences. L'impopularité s'installe. Mais le cap reste inchangé. Dès ce mercredi, le séminaire de rentrée de ce nouveau gouvernement français aura pour but de l'afficher. 

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