Zone euro

Après le marathon, l’épreuve

Le bras de fer avec les créanciers privés de la Grèce, entamé dans la nuit de mercredi à jeudi, n’est pas terminé

Première lueur dans le tunnel des dettes souveraines? Depuis jeudi matin, les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Eurozone peuvent recommencer à y croire.

Leur longue nuit de négociations à Bruxelles, presque interrompue entre deux heures et trois heures du matin par le bras de fer avec les représentants des créanciers privés de la Grèce, semble avoir payé. Salué par le redressement des bourses, mais aussi par des appréciations positives de Barack Obama ou du président chinois Hu Jintao, le nouveau plan européen pour sauver la Grèce et endiguer la contagion à l’Italie ou à l’Espagne paraît enfin répondre aux attentes.

Son argument principal? Affronter simultanément les quatre défis posés par la crise: une restructuration bien plus tranchée de l’insoutenable dette hellénique, la recapitalisation consécutive des banques européennes les plus exposées aux dettes souveraines des pays fragilisés, le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) destiné à prouver que l’Europe reste «liquide» malgré ses difficultés, et les arrangements institutionnels nécessaires pour que l’intégration budgétaire devienne réalité. Qualifié de «massif, global» par Nicolas Sarkozy, ce plan devra sans doute être amendé.

«Mais tout le monde semble enfin avoir compris la gravité de la crise, reconnaît Janis Emmanouilidis, économiste de l’European Policy Center à Bruxelles. Le fait que l’euro soit «too big to fail» (trop important pour s’écrouler) a obligé les gouvernements à agir.»

Cette contre-offensive, dont Angela Merkel a imposé le rythme en exigeant deux sommets européens en 72 heures, doit surtout être jugée à l’aune du précédent plan du 21 juillet. A Bruxelles, dans la précipitation, les leaders des dix-sept pays de la zone euro avaient alors, sans consulter les dix autres pays de l’UE, proposé aux banques une décote de 21% sur leurs obligations grecques. Un second plan de sauvetage, à hauteur de 109 milliards d’euros, avait été bouclé à la hâte, en complément du premier plan de 110 milliards d’euros consenti à Athènes en mai 2010.

Erreur. Sa complexité avait rendu ce premier paquet de mesures impraticable. Tandis que, parallèlement, les experts de la troïka (Commission, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) découvraient l’ampleur du précipice grec. D’où la convocation, dos au mur, des deux sommets européens de dimanche et mercredi, cette fois d’abord au niveau des Vingt-Sept, puis de la zone euro. «Le débat sur la Grèce a finalement pris la bonne direction, juge Guntram Wolff, de l’institut bruxellois Bruegel. Les estimations de croissance et l’évaluation des recettes des privatisations sont bien plus réalistes.» Athènes, qui recevra vite une nouvelle tranche de prêts de 8 milliards, n’est toutefois pas près de retrouver le calme. «Les efforts surhumains des Grecs», rappelés par leur premier ministre Georges Papandréou, n’empêchent pas la liste de sacrifices et des réformes de rester très longue. Quasi irréaliste.

L’écueil, à quelques jours du G20 de Cannes des 3 et 4 novembre considéré par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel comme «l’échéance cruciale pour l’Europe», tiendra dans la mise en œuvre des mesures adoptées. Le renforcement du FESF à 1000 milliards d’euros, contre 440 milliards aujourd’hui, via un «effet de levier» qui le transformera en assureur en chef des obligations souveraines de l’Eurozone apparaît très insuffisant si l’Italie et sa dette de 1900 milliards vacille. Que pèsera, par ailleurs, la désignation d’un président de la zone euro – pour l’heure Herman Van Rompuy, président du Conseil européen – qui convoquera «au moins» deux sommets par an; et celle promise du Finlandais Olli Rehn comme «commissaire chargé de l’euro», face aux manœuvres d’un Silvio Berlusconi, dont la lettre de promesses adressée le jour du sommet n’a pas convaincu?

Que dire, enfin, de la Grèce dont la faillite «incontrôlée» – qui ferait aussitôt douter de la signature d’autres pays de la zone euro – reste «exclue» par l’UE, alors que beaucoup la jugent inévitable en 2012? Avec pour conséquence de faire peser sur les banques et sur l’Union une redoutable épée de Damoclès, qu’une contagion à l’Italie transformerait en guillotine: «Il manque à ce dispositif une vraie autorité de contrôle de l’Eurozone et la garantie que les réformes promises auront lieu», tranche Guntram Wollff, de Bruegel. A preuve: l’Allemagne, résolument hostile à l’idée d’adosser ce plan à la Banque centrale européenne, a consenti à ce que celle-ci poursuive dans l’ombre ses achats d’obligations des pays «vulnérables». Une digue, faute de rempart immédiat.

ö Lire aussi en pages 4, 12, et 23

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