Pour préserver la sécurité et la vie des otages, dont le gouvernement semble avoir perdu la trace, l'heure est à l'apaisement. Tel était le climat, mardi en France, où le parlement a effectué sa rentrée dans la fièvre. Un homme, inattendue vedette d'un jour, en était la cause: Didier Julia (lire en page 2).

En prenant l'initiative d'une mission destinée à ramener les otages français Georges Malbrunot, Christian Chesnot, ainsi que leur chauffeur syrien, Mohammed Al-Joundi, le député de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) a failli faire voler en éclats l'union nationale qui prévaut à Paris depuis l'intervention américaine en Irak, et plus spécialement depuis l'enlèvement des deux journalistes le 20 août. Car l'équipée s'est achevée par un échec, au terme d'épisodes rocambolesques qui font dire au député socialiste François Loncle que la France est passée «de l'arrogance au ridicule».

Cassette «poignante»

Dès mardi matin, le président Jacques Chirac a appelé à «la cohésion de la Nation tout entière». Face au flottement général, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin a tenté de reprendre la main. Il a reçu à l'Hôtel Matignon les responsables des partis politiques et des groupes parlementaires. Il leur a projeté une cassette (qualifiée de «poignante» par l'un des participants) que les autorités françaises auraient reçue des ravisseurs le 22 septembre. Cassette qui montre les otages en vie et apparemment en bonne santé.

Mais Jean-Pierre Raffarin a aussi une mauvaise nouvelle, qu'il confirmera l'après-midi devant les députés: «La semaine dernière, nous étions en droit de penser que la libération de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot était possible et était proche. Mais le processus a été interrompu ces derniers jours.» Il condamne l'initiative Julia, qui serait donc la cause de cette rupture, tout en soufflant le chaud et le froid: «Le gouvernement ne l'approuve pas, ne la soutient pas, ne l'a pas soutenue. Mis devant le fait accompli, nous avons seulement choisi de ne pas entraver cette démarche.» Il va plus loin devant l'Assemblée nationale avec cette petite phrase sibylline: «Il aurait été de notre part irresponsable de ne pas étudier toutes les pistes.» Mais à l'heure qu'il est, les autorités françaises ne sauraient même plus qui détient les otages.

L'opposition, après avoir beaucoup fustigé l'épisode Julia, choisit donc de mettre un bémol à ses critiques: «L'unité nationale est la seule attitude possible», a déclaré le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault. Mais les socialistes, tout en se défendant de polémiquer, accusent: il y a eu, selon eux, un «sérieux dysfonctionnement de l'Etat» dans cette affaire. Ils continuent de demander pourquoi la présidence de la République, qui a fini par reconnaître avoir été informée de la démarche de Didier Julia, n'a pas été en mesure de l'empêcher.

Et Didier Julia, dans tout cela? A midi, il est invisible à la réunion de son groupe. A 15 h, il n'était pas davantage dans l'hémicycle archicomble de l'Assemblée nationale pendant la séance des questions d'actualité. Bernard Accoyer, le président du groupe UMP, a reçu le député en tête-à-tête en milieu d'après-midi. Mais si sanctions il devait y avoir (Bernard Accoyer les juge «plus que probables»), elles n'interviendront que lorsque la crise sera dénouée. Et la menace d'une exclusion temporaire ou définitive ne semble guère émouvoir l'intéressé.

A son retour en France, lundi soir, Didier Julia s'était déclaré désireux de «comparaître», selon son propre terme, devant la Commission des affaires étrangères. Mais la commission, que préside l'ancien premier ministre Edouard Balladur, n'est pas un tribunal. Alors, vers 17 h 30 mardi, Didier Julia a annoncé qu'il ne souhaitait pas polémiquer. Il veut réserver le récit de son aventure au ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier. Celui-ci, qui était justement auditionné par la commission, est d'accord. Mais il demande un témoin: ce sera Edouard Balladur. Quand? Lorsque la crise sera terminée. La mystérieuse affaire Julia n'a pas encore livré tous ses secrets.