«J’ai jugé que le moment était venu de m’engager différemment. Je quitte la politique avec beaucoup de sérénité.» C’est par cet aveu très policé, publié dans les colonnes du Monde, que Cécile Duflot a confirmé, jeudi, sa prochaine reconversion professionnelle.

L’ancienne patronne des Verts français, candidate malheureuse à la primaire écologiste pour l’élection présidentielle de 2017 (aucun représentant des Verts ne se présenta finalement), dirigera bientôt l’organisation non gouvernementale Oxfam France, spécialisée dans l’aide au développement et entachée par des scandales sexuels au sein de sa maison mère britannique. Exit donc, l’ancienne ministre du Logement (2012-2014) dans la première partie du quinquennat Hollande. Un abandon de la vie politique qui rappelle le départ de sa prédécesseure et ex-ministre Dominique Voynet, deux fois candidate à la présidentielle, qui a quitté la scène publique après un seul mandat comme maire de Montreuil (2007-2014) pour une mission dans l’administration.

Incartades en boîte de nuit

Le cas de Cécile Duflot est emblématique des convulsions individuelles et partisanes qui déciment depuis une décennie les Verts français. Coïncidence de calendrier: l’annonce de son départ pour Oxfam est intervenue au moment où l’on apprenait les mésaventures de son ex-bras droit au sein du parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV): l’ancien secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat Jean-Vincent Placé (2016-2017). Figure médiatique, ce dirigeant vert devenu sénateur, réputé pour son talent d’apparatchik, s’est retrouvé mis en garde à vue dans la nuit de mercredi à jeudi en raison de ses incartades dans une boîte de nuit parisienne.

Jean-Vincent Placé, né en Corée du Sud et adopté par une famille française, s’était violemment opposé à Cécile Duflot à propos de la politique suivie par François Hollande. Il avait rejoint le gouvernement après le tournant économique plus libéral de l’ancien président, alors que son ex-comparse tirait à boulets rouges sur l’abandon des promesses sociales. Les écologistes, qui avaient obtenu 18 députés en juin 2012 grâce à leur accord passé avec le Parti socialiste, ont ensuite payé le prix fort. Un seul député vert presque inconnu, Eric Alauzet (Doubs), siège encore à l’Assemblée nationale, sans avoir été investi par EELV. Plusieurs ex-figures du parti vert ont en revanche rejoint les rangs du mouvement La République en marche d’Emmanuel Macron. A commencer par l’actuel président de l’Assemblée, François de Rugy…

Une star abîmée

Cette déconfiture des écologistes français se lit également à travers deux trajectoires: celle de Nicolas Hulot, actuel ministre de la Transition écologique, et celle de Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen qui put s’enorgueillir, en 2009, du succès de sa liste aux européennes avec 16% des voix, record historique. Le premier, ancien animateur vedette de télévision, personnalité très aimée des Français dans les sondages et «sherpa» du sommet climatique de la COP21 sous François Hollande, fut la plus belle «prise» ministérielle d’Emmanuel Macron en juin 2017. Mais depuis, son étoile a sérieusement pâli. Son bilan est maigre, malgré l’arrêt du projet controversé d’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Et les accusations portées dans la presse sur ses comportements passés envers les femmes ont abîmé sa stature.

Daniel Cohn-Bendit, qui fut l’un des meneurs de Mai 68 voici un demi-siècle, doit, lui, se réjouir en coulisses. Il fut en effet toujours un détracteur des manœuvres internes des Verts français, incapables selon lui de montrer du sens politique et de surmonter leurs querelles de personnes pour constituer une force crédible de gouvernement. Le départ de Cécile Duflot et les errements de Jean-Vincent Placé lui donnent cruellement raison.