L’un des meilleurs livres sur le quinquennat de François Hollande s’intitule: Le stage est fini (Ed. Albin Michel). Un prochain, au vu de l’actuelle attitude du président français, pourrait fort bien s’intituler: La candidature est finie. Car à y regarder de près, l’exercice auquel s’est livré jeudi le locataire de l’Elysée devant la Fondation Jean-Jaurès est à peu près celui-ci: tout est prêt pour qu’il soit candidat à sa réélection. Sauf que personne n’arrive vraiment à prendre sa possible candidature au sérieux.

Retour d’abord sur le buzz de cette semaine. En fin tacticien, François Hollande sait qu’il doit créer l’événement et continuer d’alimenter le débat au moment où, à gauche, Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg s’étalent dans les médias et où, à droite, les douze candidats déclarés à la primaire doivent déposer ce vendredi leurs parrainages parlementaires et militants. Pas question, en clair, de se retrouver à l’arrière-plan, d’autant que l’adversaire qu’il rêve de mettre KO sur le ring présidentiel, Nicolas Sarkozy, refait son retard sur Alain Juppé dans les sondages.

Des sondages toujours plus négatifs

Conséquence: un discours présenté comme «très attendu» à la Fondation Jean-Jaurès, un groupe de réflexion du Parti socialiste, lors d’un colloque sur la «démocratie face au terrorisme». On notera au passage que le président «normal» paraît avoir pour de bon abandonné sa promesse de tenir des conférences de presse semestrielles. Rien de tel depuis les attentats de novembre 2015, et rien en vue à quelques jours de l’hommage national aux victimes du terrorisme, qui sera rendu le 19 septembre aux Invalides.

Terrain mouvant. Car, outre des sondages toujours plus en berne (85% des Français disent souhaiter qu’il ne se représente pas, et 87% rejettent l’idée d’un nouveau duel Hollande-Sarkozy), le mécontentement gronde vis-à-vis de l’Etat et de la sécurité publique depuis l’attentat du 14 Juillet dernier à Nice. Avec, en prime, les ressentiments communautaires provoqués par la polémique autour du port du burkini par les femmes musulmanes sur les plages et dans les piscines.

Ne pas se déclarer, stratégie politique

Il fallait donc que, fraîchement revenu du G20 en Chine et d’une escale au Vietnam, François Hollande remette l’Hexagone au cœur de cette rentrée qui le verra sur le front européen post-Brexit (à Athènes pour un sommet sur l’Europe du Sud ce vendredi; à Bratislava pour un sommet des Vingt-Huit le 16 septembre), puis à l’ONU à New York. Mais problème: le président – que son premier ministre Manuel Valls presse de clarifier au plus vite ses intentions avant début décembre comme il l’a promis – n’a aucun intérêt à laisser place au candidat, ou, pire, au non-candidat.

«S’il se déclare, tout le monde lui tombe dessus dans une situation d’impopularité record alors qu’on ne connaît pas le vainqueur de la primaire de droite, dont le nom influera beaucoup sur les votes, expliquait hier matin l’éditorialiste politique Alain Duhamel. Et s’il dit ne pas être candidat, il n’a plus rien. Plus d’autorité. Plus de crédibilité. Le roi est nu.»
Discours régalien

Un discours à géométrie variable

Résultat: un discours surtout régalien, pour rejeter toute «législation de circonstance» sur le burkini, réaffirmer son hostilité à un «Etat d’exception» (l’Etat d’urgence est tout de même en vigueur depuis le 13 novembre 2015…), défendre la «cohésion nationale» et plaider pour un islam capable de «s’accommoder de la laïcité comme l’ont fait avant lui le catholicisme, les religions réformées, le judaïsme». Un discours d’arbitre plus que d’acteur: «Il ne lui reste qu’un créneau, complète un proche d’Alain Juppé: celui du moindre mal. Il ne sera pas candidat sur un programme, mais sur un plus petit commun dénominateur social-économique-politique.»

Ne pas se représenter, un choix bénéfique

Le «quasi-président», critiqué depuis 2012 pour n’avoir pas «habité la fonction» de chef de l’Etat, est donc désormais un «quasi-candidat». Même si sa non-candidature, in fine, serait bien plus logique et porteuse d’avenir: «Ne pas se représenter serait une révolution institutionnelle bienvenue en France», complète notre interlocuteur, en rappelant que le maire de Bordeaux, lui, promet s’il est élu de ne faire qu’un seul mandat.

Hollande «out» ouvrirait le bal d’une éventuelle rénovation à gauche, entre le pragmatique Manuel Valls, le souverainiste Arnaud Montebourg et le candidat du «réel» Emmanuel Macron. Hollande «out» enlèverait des arguments à Marine Le Pen, la candidate du Front national bien placée pour se qualifier au second tour. Hollande «out» enlèverait l’envie de revanche à Nicolas Sarkozy. Oui, mais voilà: hier à la Fondation Jean-Jaurès, le président français le plus impopulaire de l’histoire récente a redit qu’il n’est pas encore «out».


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