Xavier Bertrand est reparti en trombe, dès le coup de sifflet constitué par la fermeture des bureaux de vote pour le second tour, dimanche 27 juin, des élections régionales et départementales. Il était à peine 20h30 lorsque, une demi-heure après l’ouverture du décompte des voix, sur fond d’abstention à nouveau massive et record (27,9% de participation), le président réélu de la Région des Hauts-de-France, déjà déclaré comme candidat de la droite à la présidentielle, a relancé sa course vers l’Elysée en annonçant qu’il pouvait désormais «parler à tous les Français».

Une seule place

La porte était donc ouverte pour le marathon politique devant conduire aux scrutins des 10 et 24 avril 2022. Porte aussitôt franchie mercredi et simultanément, par les deux ténors attendus des Verts français: le maire de Grenoble Eric Piolle et l’ex-tête de liste des écologistes aux européennes de mai 2019, Yannick Jadot.

A lire aussi: Xavier Bertrand, avocat des classes moyennes

Deux candidats verts pour une seule place, puisque les écologistes ont prévu, en septembre prochain, d’organiser une primaire afin de désigner leur poulain pour la course vers l’Elysée. Deux? Eh bien non, car une troisième candidate, déjà déclarée, leur disputera la préséance: Sandrine Rousseau, ex-élue nordiste et ex-porte-parole d’Europe-Ecologie-Les Verts, un temps très médiatisée pour avoir accusé de harcèlement un ancien adjoint à la mairie de Paris, Denis Baupin. La procédure avait d’abord été classée sans suite mais ce dernier avait été condamné en 2019 pour avoir poursuivi de façon abusive ses accusatrices.

Trois candidats verts, donc, sont sur les rangs, malgré la leçon donnée par le scrutin régional et départemental: à savoir la difficulté de s’imposer au second tour, même en cas d’alliance avec la gauche. A Paris, le secrétaire national des Verts Julien Bayou, allié au PS et à La France insoumise (gauche radicale), a plafonné à 33,6% des suffrages contre la présidente sortante Valérie Pécresse (droite), elle aussi présidentiable possible dans le camp conservateur.

A lire aussi: Anne Hidalgo, piste cyclable vers l’Elysée

Deux leçons peuvent être tirées de ce démarrage en trombe de la compétition présidentielle, sitôt tombés les résultats de dimanche soir du 27 juin. La première est la volonté des écologistes de prendre de court l’aile gauche de la vie politique française, dont ils sont désormais une force motrice, dans l’espoir que les candidats possibles du côté du PS ou d’autres formations politiques se rallient à la bannière du vainqueur de la primaire, sur le modèle de ce qui s’est passé en Ile-de-France autour de Julien Bayou.

Possible? Seulement en théorie. La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, qui regarde aussi du côté de l’Elysée, n’a pas renoncé. Et cette stratégie bute sur un menhir marseillais: le député du Vieux-Port Jean-Luc Mélenchon, auréolé de ses 19,6% à la présidentielle de 2017 (quatrième au premier tour) et déjà candidat déclaré.

Deux agendas, une réalité

La seconde leçon est celle des ambitions personnelles. Eric Piolle, 48 ans, maire de Grenoble, veut incarner les territoires et un ancrage à gauche, à l’image des maires verts élus lors des municipales de juin 2020, dont les premières mesures ont parfois été très contestées. Sa candidature parle aux jeunes électeurs urbains, demandeurs – entre autres – de villes propres et cyclables et d’un meilleur cadre de vie pour leurs enfants.

Yannick Jadot, 53 ans, peut, lui, profiter de sa dimension européenne et d’un positionnement plus modéré et centriste. Sa candidature parle à un électorat des classes moyennes éduquées déçues par les promesses non tenues de la droite et de la gauche. Un profil proche de celui de Nicolas Hulot, l’ex-vedette de la télévision devenu ministre de la Transition écologique sous Emmanuel Macron, avant de claquer la porte du gouvernement en août 2018, pour protester contre le poids des lobbies.

Deux agendas «verts» pour essayer de traduire une réalité: la montée du vote écologiste dans l’opinion. Selon différents sondages, un candidat vert pourrait recueillir entre 16 et 17% au premier tour de la présidentielle en France, loin des intentions de vote en Allemagne, où certains sondages donnent les «Grünen» à 28% lors des législatives du 26 septembre prochain, ce qui leur permettrait d’arriver en tête et de s’installer à la Chancellerie. Problème en France: les ambitions écologistes ont toujours buté sur leurs divisions internes, et leur incapacité à s’imposer dans une course présidentielle, rendez-vous d’un candidat avec le peuple.

Lire également: Non, les régionales françaises ne sont pas un laboratoire de la présidentielle

L’ancien eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit, devenu proche d’Emmanuel Macron, a souvent dénoncé ce décalage entre la popularité des écologistes et le type de scrutin, qui ne correspond pas à leur approche collective, loin de la tradition gaulliste «plébiscitaire». 2022 permettra, de ce point de vue, de savoir si le séisme politique français a accouché d’une «révolution verte» dans les têtes. Et dans les urnes.