Suite aux pressions populaires et politiques dans l'ancienne colonie britannique, le chef de l'exécutif hongkongais, Tung Chee Hwa, a différé la semaine dernière le vote de la loi anti-subversion prévu initialement le 9 juillet. Le vote de l'article 23 de la Constitution de Hongkong qui prévoit une lutte intense contre toute tentative de sédition, de sécession, de trahison et de vol de secrets d'Etat est donc finalement remis au mois d'octobre.

En dépit de la grande manifestation du 1er juillet, Tung Chee Hwa, nommé à la tête de l'exécutif hongkongais par les dirigeants chinois il y a six ans, avait maintenu un vote du Conseil législatif sur le texte conformément au calendrier initial. La pression l'avait ensuite obligé à reculer sur deux des principaux points de contentieux. Une clause portant sur l'interdiction d'organisations déclarées hors la loi en Chine communiste, et sur des perquisitions de police sans mandat de justice, avait ainsi été amendée.

Mais le coup de théâtre est véritablement intervenu lorsque James Tien leader du Parti libéral et proche de Tung Chee Hwa a annoncé sa démission. Hésitant sur la position à adopter face à cette crise, les libéraux avaient confirmé qu'ils souhaitaient un report de la loi. James Tien s'était rendu un peu plus tôt à Pékin pour faire état de la crise aux dirigeants communistes et avait reçu l'aval de Pékin sur un éventuel report de la loi. Suite au tollé qu'ont suscité ces événements, Pékin est resté muet, s'en remettant au principe d'«un pays deux systèmes» en vigueur sur l'île depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Appel solennel au suffrage universel

Les autorités communistes ont tout de même dépêché sur place une équipe d'«experts» censée faire le point de la situation. Selon l'un d'entre eux, «Pékin aurait pris acte de la volonté populaire». Dimanche, une nouvelle manifestation réunissant près de 20 000 personnes s'est transformée en un appel solennel au suffrage universel et à la démission de Tung Chee Hwa (Le Temps de lundi). «Il est intéressant de voir qu'une forme même limitée de démocratie, comme c'est le cas à Hongkong, aboutisse et contraigne le gouvernement à reculer. C'est déjà un grand pas», constate Eric Sautedé, rédacteur en chef de la revue Perspectives Chinoises basé à Hongkong. Le gouvernement de Hongkong s'est pour le moment engager à ouvrir un débat sur les réformes politiques afin de ménager son image déjà fortement entachée.

La pression qui s'abat actuellement sur le chef de l'exécutif ne vient pas uniquement de la rue. Selon Tsang Yok-sin, le président du DAB (l'alliance démocratique pour l'amélioration de Hongkong), le parti pro-Pékin à l'origine de la loi anti-subversion, «il existe une possibilité» pour que lui-même se retire du cabinet de M. Tung. Dans ce cas de figure, un remaniement ministériel serait inévitable étant donné le manque de soutien auquel ferait face Tung Chee Hwa. Toutefois, M.Tung ne pourrait être débauché sans le consentement de Pékin. La démission du chef de l'exécutif de Hongkong, nommé lui-même par les autorités centrales chinoises, serait un aveu clair de sa défaillance.

D'après des analystes en poste sur l'île, il est probable que M.Tung soit remplacé à l'automne prochain avant la reprise des débats sur le projet de loi anti-subversion.