Le parquet chilien a annoncé vendredi l’ouverture d’une enquête contre le président Sebastian Piñera concernant la vente d’une compagnie minière par une entreprise détenue par ses enfants, une opération citée dans l’enquête des Pandora Papers.

«Le procureur général […] a décidé d’ouvrir une enquête pénale sur les faits associés à ce qui est connu sous le nom de «Pandora Papers » et liés à l’achat et à la vente de la compagnie minière Dominga, en lien avec la famille du président Piñera», a déclaré à la presse Marta Herrera, responsable de l’unité anticorruption au sein du bureau du procureur.

Sebastian Piñera, un des dirigeants politiques apparaissant dans les Pandora Papers, l’enquête divulguée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), a démenti tout conflit d’intérêt dans la vente de la compagnie minière à un ami proche. «Nous ne partageons pas la décision annoncée aujourd’hui par le bureau du procureur d’ouvrir une enquête sur un cas qui était déjà connu et jugé» mais «j’ai pleinement confiance que la justice, comme elle l’a déjà fait, confirmera l’absence d’irrégularités et aussi ma totale innocence», a déclaré Sebastian Piñera en soirée dans une brève allocution.

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«Les faits ne sont pas nouveaux»

Le président de droite, un des hommes les plus riches du Chili dont le mandat s’achève en mars 2022, avait estimé lundi que «les faits ne sont pas nouveaux», ont déjà fait en 2017 l’objet «d’une enquête approfondie du Ministère public» et que c’est «une affaire close par la justice». «Les faits liés à la vente et à l’achat de la société minière ne sont pas expressément inclus dans la décision de non-lieu de 2017», a toutefois précisé vendredi Marta Herrera.

La vente a eu lieu en 2010 pendant le premier mandat du chef de l’Etat chilien (2010-2014), à nouveau au pouvoir depuis 2018.

«Le procureur général a pris cette décision considérant que ces faits pourraient constituer le moment venu des délits de corruption, avec leur corollaire en matière de dessous-de-table et d’éventuels délits d’ordre fiscal, des questions qui feront toutes l’objet d’une enquête», a ajouté Marta Herrera. Etant donné «la gravité des faits faisant l’objet de l’enquête», l’affaire sera traitée par un parquet régional, en l’occurrence celui de Valparaiso (centre), a précisé la magistrate.

Une clause controversée

Selon une enquête menée par les médias chiliens CIPER et LaBot, membres de l’ICIJ, la compagnie minière Minera Dominga a été vendue à l’homme d’affaires Carlos Alberto Délano, un ami du chef de l’Etat, pour 152 millions de dollars, une transaction opérée aux îles Vierges britanniques.

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Le paiement de la transaction devait être effectué en trois versements, et contenait une clause controversée qui subordonnait le dernier paiement à la condition «qu’une zone de protection environnementale ne soit pas établie sur la zone d’exploitation de la société minière, comme le demandent des groupes écologistes».

D’après l’enquête, le gouvernement de Sebastian Piñera n’a finalement pas protégé la zone où l’exploitation minière était prévue, si bien que le troisième paiement a bien été effectué. Pendant son premier mandat, Sebastian Piñera avait annoncé l’annulation d’un projet de construction d’une centrale thermoélectrique qui devait être installée sur cette zone. Plus aucune mesure de protection n’avait ensuite été prise.

Le projet d’exploitation à ciel ouvert de cuivre et fer dans le désert d'Atacama (nord), toujours en attente d’une décision de la Cour suprême après des recours, prévoit aussi la construction d’un port de chargement de minerais à proximité d’une réserve nationale abritant des manchots de Humboldt, une espèce menacée qui ne nichent qu’au Chili et au Pérou.

Début août, une commission d’évaluation environnementale a approuvé le projet malgré les protestations des défenseurs de l’environnement, mais doit encore recevoir l’aval en Conseil des ministres.

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