Le Congrès ne lâche décidément pas la bride sur George Bush. Après le scandale des écoutes téléphoniques effectuées sans mandat judiciaire, après que le parlement a forcé le président des Etats-Unis à atténuer son projet d'extension du Patriot Act, c'est Katrina qui revient brutalement sur la scène politique de Capitol Hill. Un ouragan qui, en août 2005, avait dévasté les Etats de Louisiane et du Mississippi, faisant plus de 1300 morts.

«L'ouragan Katrina fut un échec national, une abdication du devoir le plus solennel d'assurer le bien public.» Ces conclusions émanent d'un rapport qui doit être publié ce mercredi devant la Chambre des représentants. Elles sont très critiques de la manière dont les instances nationales, mais aussi la Maison-Blanche ont géré la crise alors que des experts avaient annoncé la gravité du cyclone cinquante-six heures à l'avance.

Mauvais point pour George Bush: ce premier rapport de 600 pages n'est pas l'œuvre de ses adversaires démocrates, qui ont boycotté la commission d'investigation, mais de onze parlementaires républicains jugés plutôt proches du président. L'un d'eux, le représentant républicain du Connecticut, Christopher Shays, a une formule lapidaire: «La Maison-Blanche était en plein brouillard.» Selon le rapport, Washington était au courant de la rupture des digues à La Nouvelle-Orléans le soir même de la tempête.

Si George Bush est sur la sellette, Michael Chertoff est encore plus exposé. Le patron du Département de la sécurité intérieure, soumis à la question du Sénat ces prochains jours, doit répondre de la faillite de son ministère, qui n'a pas su «anticiper les conséquences de l'ouragan», et par là des morts inutiles. Chertoff a néanmoins reconnu plus de 90 exemples de dysfonctionnement cités dans le rapport, qui concernent tous les échelons du gouvernement. Pour rappel, le département qu'il dirige avait été créé spécialement pour lever les lacunes du renseignement et pour lutter contre le terrorisme au lendemain des attentats du 11 septembre. La semaine dernière, l'attaque la plus virulente est venue de Michael Brown, l'ex-directeur limogé de l'Agence de gestion des crises (FEMA), chapeautée par ce même Département de la sécurité intérieure.

Michael Brown, qui a été auditionné par une commission du Sénat la semaine dernière, a admis qu'il avait choisi d'alerter directement la Maison-Blanche au sujet de Katrina plutôt que d'affronter la bureaucratie du Département de la sécurité intérieure. Il a surtout accusé ce dernier d'avoir tout misé sur la lutte antiterrorisme au détriment des catastrophes naturelles.

Si les deux rapports du Congrès ne vont pas manquer de bousculer George Bush, les mesures d'aide aux victimes et de reconstruction promettent aussi d'alimenter une vive polémique. Selon les enquêtes du Congrès, sur 2,5 millions de demandes d'indemnisation pour les dégâts occasionnés par Katrina, 900000 ont utilisé des numéros de sécurité sociale faux ou copiés, voire des faux noms et adresses. Le gaspillage s'élèverait à près d'un milliard de dollars.

Autre exemple de la gestion hasardeuse des deniers publics: la FEMA a dépensé 858 millions de dollars pour acheter 25000 maisons préfabriquées afin de loger provisoirement les sinistrés de Katrina. Elle n'avait toutefois pas pris en compte un facteur élémentaire: les normes d'urbanisme en vigueur n'ont pas permis d'installer ces maisons préfabriquées là où elles étaient nécessaires. Résultat: 11000 d'entre elles sont en train de pourrir à Hope, dans l'Arkansas, sur des champs boueux appartenant au gouvernement.

Face à ces salves de critiques, l'administration Bush réagit. Elle promet d'émettre plus de 100 recommandations pour améliorer la réactivité aux catastrophes du type de Katrina. Michael Chertoff lui-même envisage d'engager 1500 coordinateurs supplémentaires. Ces mesures ne convainquent pas Paul C. Light, professeur de l'Université de New York cité par le Christian Science Monitor: «Si le gouvernement n'a pris que tardivement conscience de la catastrophe, ce n'est probablement pas une question de processus.» Ce n'est, selon lui, qu'un manque de bon sens.