Il parlera longtemps, sans doute près de deux heures, face à plus d’une centaine de journalistes français et étrangers, pressés de savoir si les attentats des 7 et 9 janvier l’ont vraiment «transformé». François Hollande, en général à l’aise dans ce genre d’exercice médiatique, a savamment choisi son moment: après les vœux de Nouvel An de tous ses ministres et de son premier ministre Manuel Valls, et presque un mois tout juste après ce mercredi fatal qui vit les deux frères Kouachi massacrer la rédaction de «Charlie Hebdo», suivi par l’attentat contre l’Hyper Cacher et par la grande marche du 11 janvier.

Deux objectifs pour cette conférence de presse à l’Elysée, selon l’entourage présidentiel. D’abord rassurer l’opinion et réaffirmer que la France est prête à faire face à la menace terroriste, alors que plusieurs séries d’interpellations policières ont eu lieu depuis les événements, et que trois militaires en faction devant un centre culturel juif ont encore été agressés à l’arme blanche ce mardi à Nice par un individu ayant tenté, en vain, de se rendre en Syrie pour y combattre. Autre priorité: redire que cette nouvelle donne sécuritaire n’affectera pas sa volonté de réformes économiques, à l’heure où un vent de révolte anti-austérité plane sur l’Europe après les élections en Grèce et l’arrivée au pouvoir de la coalition de gauche radicale Syriza. Paris soutient en effet le nouveau premier ministre grec Alexis Tsipras, reçu mercredi à l’Elysée, tout en réaffirmant que les orientations d’assainissement budgétaire prises par la France jusqu’en 2017 ne seront en aucun cas remises en cause.

Sur le fond, la donne est assez simple: en manque cruel d’oxygène politique depuis des mois, plombé par des sondages de plus en plus désastreux, François Hollande paraissait en début d’année à bout de souffle. Avec, en embuscade à Matignon, un Manuel Valls nettement plus populaire. Les attentats de janvier puis l’élection grecque du 24 janvier, en ramenant au premier plan les fonctions régaliennes de l’Etat qui sont la prérogative du chef de l’Etat en France (sécurité, riposte militaire et policière sous toutes ses formes, politique étrangère), ont remis les dominos du quinquennat en place. Le président français, souvent critiqué pour son manque d’autorité, est redevenu le patron incontesté. Et François Hollande, souvent accusé de se comporter encore à l’Elysée comme le chef du parti socialiste qu’il fut longtemps, s’est imposé dans la tourmente comme un président au-dessus des partis, profitant du vent d’unité républicaine incarné par la grande marche du 11 janvier à Paris, en présence de la plupart des chefs d’Etat ou de gouvernement européens.

Valérie Trierweiler se retrouve reléguée au second plan

Comment transformer ce «moment» en «tournant»? C’est là toute la question. A l’évidence, l’un des avantages hérités de cette situation de crise est que les affaires intimes du chef de l’Etat, très en évidence lors de sa précédente conférence de presse à l’automne, après la sortie du livre vengeur de son ex-compagne Valérie Trierweiler, se retrouvent reléguées au second plan. François Hollande est revenu sur le terrain politique qu’il affectionne, tandis que son chef du gouvernement dirige la conduite économique du pays, en essayant de faire souffler un vent «social-libéral» défendu par le projet de loi sur l’activité économique défendu par le ministre Emmanuel Macron. En bon élève de François Mitterrand, le locataire de l’Elysée va donc s’évertuer à faire durer ce retour de la France au premier plan, tout en n’oubliant pas de rappeler à l’opposition de droite qu’elle devra bientôt choisir entre une alliance au centre ou avec le Front national. Un FN qui, ce week-end dans la quatrième circonscription du Doubs, frontalière de la Suisse, semble très bien placé pour décrocher un troisième siège de député, et démontrer ainsi que la marée parisienne des «Je suis Charlie» n’a en rien entamé sa progression nationale. Sur fond de stagnation d’une France plus que jamais rongée par l’inquiétude et son taux de chômage, proche des 11%.