C'est un scénario de film catastrophe. Alors que le Sichuan peine à panser les plaies du tremblement de terre (dont le bilan provisoire s'élève à 68 000 morts et 20 000 disparus), la Chine est désormais tenue en haleine par une course contre la montre de l'armée pour vider un lac qui menace 1,3 million de personnes. A l'aide de pelleteuses mécaniques et de dynamite, 600 militaires et ingénieurs tente depuis le début de la semaine de creuser un canal de dérivation des eaux d'un lac naturel qui s'est formé suite à un éboulement de terrain provoqué par le séisme du 12 mai juste en amont de la ville de Tangjiashan, et à moins de 3 kilomètres de la ville de Beichuan, l'une des plus touchées par les destructions.

Le séisme a endommagé 380 barrages et provoqué la formation de 35 lacs «post-séisme». Le gouvernement s'est voulu rassurant sur la résistance des barrages dont le niveau des eaux a toutefois été abaissé. Les retenues d'eau naturelles qui se sont formées sont cependant beaucoup plus instables et menacent de céder d'un moment à l'autre avec le risque d'emporter des centaines de milliers de rescapés du séisme qui vivent sous des tentes et de faire céder sous une grande vague des barrages en aval.

Selon l'Agence Chine nouvelle, le lac de Tangjiashan, qui s'est formé sur la rivière Jianhe entre deux montagnes escarpées, contenait mercredi 130 millions de m3 d'eau et son niveau s'élève de près de 2 mètres par jour. Le niveau de l'eau est «seulement 25 mètres au-dessous de la partie la plus basse de la barrière (de roches)», explique l'ingénieur en chef du Ministère des ressources d'eau, Liu Ning. Par mesure de sécurité, 160000 personnes ont déjà été déplacées. Mais ce sont 1,3 million d'individus qui pourraient être touchés. Un plan d'évacuation est prévu.

Les soldats qui travaillent d'arrache-pied depuis mardi pour creuser un canal devaient recevoir les renforts d'un millier d'hommes. La progression de ceux-ci a toutefois été ralentie par de fortes chutes de pluies qui empêchent leurs hélicoptères de décoller. Ils ont dû entamer une marche à travers la montagne - l'accès au lac par la route est bloqué - avec 1500 jerricans de 25 litres de carburant pour alimenter les 26 pelleteuses. Les travaux devraient être achevés le 5 juin. Mais la pluie, si elle devait se poursuivre, pourrait singulièrement compliquer leur tâche tout en gonflant encore plus vite le réservoir d'eau.

219répliques en un jour

L'opération se déroule alors que la terre ne cesse de trembler. De mercredi midi à jeudi midi, 219répliques ont été enregistrées dans tout le Sichuan, toutes inférieures à 3,9 sur l'échelle de Richter. Ce théâtre apocalyptique demeure propice à toutes sortes de rumeurs. Mercredi encore, le Bureau de sismologie du Sichuan a dû démentir des bruits sur un nouveau séisme de grande ampleur qui frapperait la province le même jour. Pour ne rien arranger, le quotidien de Pékin Xinjingbao annonçait hier que 5000 tonnes de produits chimiques, dont de l'acide sulfurique et de l'acide chlorhydrique, qui étaient stockés sur différents chantiers en aval du lac, ont été transférés d'urgence en lieu sûr.

Lors d'une réunion, mardi, le premier ministre Wen Jiabao a expliqué que l'élimination des risques liés à la formation de ces 35 lacs était la «tâche la plus urgente» du gouvernement. Son vice-premier ministre, Hui Liangyu a pour sa part ajouté que «toute négligence causerait de nouveaux désastres aux personnes qui ont déjà subi le séisme».