Le bilan final du séisme qui a frappé l’Afghanistan et le Pakistan est encore loin d’être connu, mais l’heure est déjà aux calculs politiques. Le tremblement de terre de lundi, d’une magnitude de 7,5 sur l’échelle de Richter, a touché la province du Badakhchan, dans le nord-est de l’Afghanistan, une vaste région montagneuse et peu peuplée, où l’insurrection des talibans fait rage. Le district de Jurm, l’épicentre du séisme, échappe d’ailleurs au gouvernement afghan.

Dans un message publié mardi, les talibans ont demandé aux organisations caritatives de ne pas «ménager leurs efforts pour venir en aide aux rescapés». Ils ont même appelé leurs combattants à contribuer aux efforts de sauvetage.

Les rebelles islamistes veulent «gagner les cœurs et les esprits», commente un humanitaire occidental sous le couvert de l’anonymat. Avant le séisme, les talibans avaient déjà le vent en poupe. Début octobre, ils s’étaient brièvement emparés de la ville de Kunduz, la capitale de la province du même nom, à l’ouest de l’épicentre.

Risques d’épidémies

Rares sont les organisations à intervenir dans la région reculée et dangereuse où a eu lieu le séisme. L’Organisation internationale des migrations (OIM) est l’une d’elles. Son bureau de Faizabad, la capitale de la province du Badakhchan, a été légèrement endommagé. L’organisation venait déjà en aide à la population après des glissements de terrain, des avalanches ou des inondations, fréquents dans la région.

«Nous sommes bien acceptés par les communautés locales. Les secours après des catastrophes naturelles sont mieux perçus que d’autres activités», explique Matthew Graydon, le porte-parole de l’OIM à Kaboul.

A titre de comparaison, les campagnes de vaccination ne bénéficient pas de la même tolérance. Depuis que l’une d’elles avait été utilisée comme couverture par la CIA pour s’approcher d’un certain Oussama ben Laden, terré au Pakistan, les talibans ont déclaré la guerre aux vaccinateurs, qui ont été tués par dizaines ces dernières années.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’inquiète du risque d’épidémies pour les rescapés. Ceux-ci ont désespérément besoin d’abris alors que la température a déjà chuté dans les montagnes afghanes et que la neige a fait son apparition.

«La sécurité n’est pas le seul problème», tempère Abdul Rahman Kalantary, directeur du département des catastrophes naturelles au Croissant-Rouge afghan. «Il faudra encore plusieurs jours voire davantage pour accéder à tous les villages qui ont été touchés. On aura alors seulement une idée de l’ampleur des dégâts.» De nombreux endroits ne sont accessibles que par les airs et les hélicoptères de l’armée sont à la merci des talibans. Mardi, les autorités afghanes ont revu à la hausse le bilan du séisme à 115 morts, contre 33 la veille.

Près de 250 morts au Pakistan

Le Pakistan voisin, qui a lui aussi durement ressenti le séisme, a d’ores et déjà recensé 228 victimes. Les zones touchées sont plus faciles d’accès qu’en Afghanistan. Mais les communications étaient toujours coupées avec certains districts du nord-ouest, où l’on craint de nombreux autres décès. La Croix-Rouge a annoncé avoir débloqué 100 000 francs pour venir en aide aux sinistrés pakistanais. Au Pakistan, les violentes secousses de lundi ont ravivé les souvenirs du séisme de 1995, qui avait fait 75 000 morts dans le nord du pays mais aussi dans la partie indienne du Cachemire. Lundi, la terre a à nouveau tremblé, mais le bilan ne devrait pas être aussi catastrophique, parce que les zones touchées n’étaient pas aussi peuplées qu’il y a dix ans.