Cyberattaques

Après Sony, Pyongyang est à son tour visé par des cyberpirates

Les connexions internet de la Corée du Nord ont été paralysées pendant près de dix heures. Washington avait menacé vendredi le pays de représailles

Après Sony, Pyongyang est à son tour visé par des cyberpirates

Cyberattaques Les connexions internet de la Corée du Nord ont été paralysées pendant près de dix heures

Washington avait menacé vendredi le pays de représailles

Une histoire d’arroseur arrosé, comme nouvel épisode au bras de fer qui oppose depuis fin novembre Pyongyang à Washington autour de l’affaire Sony Pictures (LT du 19.12.2014)? Les connexions internet de la Corée du Nord ont été interrompues lundi avant d’être rétablies mardi au bout d’exactement neuf heures et trente et une minutes de paralysie totale. Hier soir, le réseau semble être de nouveau tombé en panne pendant un peu plus d’une heure.

Hasard ou coïncidence, vendredi dernier, Barack Obama avait explicitement menacé le régime de Pyongyang d’une réplique «proportionnelle» après le hacking de Sony Pictures, qualifié de «cybervandalisme» par le président des Etats-Unis. Le même jour, le FBI américain venait d’affirmer que son enquête lui avait permis d’amasser «suffisamment de preuves pour conclure à la responsabilité de la Corée du Nord» dans le piratage de la filiale cinéma du géant électronique, le plus conséquent jamais observé aux Etats-Unis. Tout en renouvelant ses félicitations aux Gardiens de la paix (Guardians of Peace), le mystérieux groupe à l’origine des mésaventures de Sony, la Corée du Nord avait, dimanche, catégoriquement démenti son implication, menaçant Washington d’une surenchère en cas de représailles.

Les causes des dysfonctionnements qui ont neutralisé son Internet le lendemain semblaient à peu près établies mardi. Depuis le week-end déjà, le réseau nord-coréen, dont le raccordement à l’Internet mondial dépend de l’opérateur chinois China Unicom, montrait des signes de perturbation. Il est définitivement tombé en panne lorsque des pirates ont, de l’extérieur, affirment les experts de la cybersécurité, généré un volume de trafic tel qu’il a engorgé les serveurs gérant les noms de domaine. Autrement dit, les utilisateurs nord-coréens qui ont tenté de se connecter durant les presque dix heures de l’assaut ont été confrontés à un écran qui «moulinait», les privant d’accéder aux sites recherchés.

En réalité, la gêne engendrée par la coupure est restée toute relative. Internet est sous très haute surveillance en Corée du Nord: le commun des mortels n’a accès qu’à l’Intranet opéré par le régime, et seules quelques huiles autorisées peuvent surfer sur la Toile mondiale. Rien à voir avec nos économies ultra-connectées, où une panne de cette nature serait susceptible de dérégler l’activité avec de lourdes conséquences. Ces dernières années, la Russie s’est fait une spécialité d’entraver l’Internet de pays «ennemis», comme l’Estonie, la Géorgie, et plus récemment l’Ukraine, ou le conflit armé se double d’une guerre électronique.

Les circonstances de la paralysie sont explicables, mais l’identité du ou des fauteurs de troubles relève, elle, de l’énigme. D’après les spécialistes, si sa médiatisation sert les intérêts de Washington, elle est trop peu sophistiquée pour avoir été perpétrée par l’administration américaine elle-même. Cette dernière a d’ailleurs refusé de se prononcer hier. «Je laisse aux Nord-Coréens le soin de dire si leur Internet fonctionne ou pas, et pourquoi», a sobrement déclaré Marie Harf, porte-parole adjointe au Département d’Etat lors d’une conférence de presse.

«N’importe qui peut avoir lancé cette attaque extérieure. Il a suffi de pas grand-chose, un pirate et des machines intermédiaires. Elle peut avoir été le fait d’un étudiant qui s’ennuie, ou d’un individu patriotique et malicieux», commente Philippe Oechslin, le fondateur d’Objectif Sécurité, une société spécialisée dans la sécurité des systèmes d’informations à Gland. «Cette paralysie est bel et bien une agression», relève pour sa part Christian Raemy, expert chez E-Secure, entreprise genevoise de sécurité informatique. Mais, poursuit-il, «elle est vraiment légère et sans impact. Si elle devait être le fait des Etats-Unis, alors vraiment, non, elle n’a rien d’une démonstration de force.»

L’histoire n’en restera pas là. Dans un énième rebondissement, l’objet des tensions entre Washington et Pyongyang, The Interview, un film produit par Sony Pictures, devrait finalement sortir sur certains écrans américains le jour de Noël. Sous pression, l’entreprise avait pourtant renoncé il y a une semaine à sortir cette comédie dont la réalisation a déclenché l’attaque des Gardiens de la paix. Et la fureur de la Corée du Nord: son leader Kim Jong-un y est assassiné par des journalistes américains.

Il est peu vraisemblable qu’elle ait été perpétrée par l’administration américaine elle-même

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