Des «nausées», des «vertiges» ou une vive douleur: des dizaines de jeunes racontent avoir été piqués en boîte de nuit ou dans des festivals, créant un climat de «psychose», même si les autorités ont encore du mal à déterminer les contours et l’ampleur du phénomène. Depuis début avril, selon une source policière, une soixantaine de faits ont été enregistrés en France dans des établissements de nuit situés dans les grandes agglomérations, placées sous responsabilité de la Police nationale. De son côté, la Gendarmerie nationale, en charge de la sécurité des zones périurbaines et rurales, n’a pas souhaité communiquer de chiffres nationaux, expliquant qu’à son niveau également, le phénomène n’était pas encore suffisamment étayé.

Plusieurs régions sont concernées. On dénombre quinze enquêtes à Rennes, d’autres dans l’Hérault, l’Isère, en Haute-Garonne, en Dordogne ou Loire-Atlantique. En rentrant d’une soirée dans un bar dansant de l’Ile de Nantes, mi-avril, Eloïse Cornut, 21 ans, a ressenti «sueurs froides, nausées, frissons et vertiges». La jeune esthéticienne se sent mieux le lendemain mais le mercredi suivant, une de ses collègues lui fait remarquer une trace de piqûre à l’arrière de son bras. «Un point rouge entouré d’un bleu d’un centimètre de diamètre», décrit-elle pour l’AFP.

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Difficile de prouver la présence de GHB

Eloïse, qui ne consomme ni alcool ni drogue, explique ne sortir que «de temps en temps le week-end, jamais en semaine» et relie «aussitôt» cette piqûre à sa soirée du samedi. «Mes collègues m’ont tout de suite dit d’aller à l’hôpital. On m’a fait une prise de sang et conseillé d’aller porter plainte». Ce qu’elle a fait le lendemain. A Nantes, 45 faits ont été portés à la connaissance des forces de l’ordre depuis la mi-février, selon le parquet. «Aucun dépistage n’a mis en évidence la présence de GHB ou autres substances toxiques», a indiqué le procureur Renaud Gaudeul à l’AFP, précisant qu’aucun suspect n’avait été interpellé. Il est parfois difficile de prouver la présence d’une substance: le GHB est indécelable dans le sang quelques heures seulement après son absorption.

Ailleurs en France, des «choses diffèrent» dans le «mode opératoire» de ces agressions, précise une source policière, expliquant que certaines pouvaient par exemple s’accompagner d’agressions sexuelles alors que d’autres non. Les enquêteurs sont également en attente du résultat des analyses toxicologiques pour voir si la substance administrée est la même.

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A Roanne (Loire), une jeune femme de 18 ans fêtait le 22 avril l’anniversaire d’une amie en discothèque. Quand elle accompagne une amie aux toilettes, un homme lui touche une fesse. «En rentrant chez moi je me suis regardé dans le miroir et j’ai vu un gros hématome avec une piqûre avec un point rouge au centre», dit-elle à l’AFP. «Des amis m’ont dit qu’ils avaient remarqué un homme qui me regardait bien, comme s’il attendait quelque chose de moi».

Seringues, têtes d’épingle?

Le parquet de Roanne a ouvert lundi une enquête pour «violence avec préméditation et administration d’une substance nuisible avec préméditation». Les médecins du centre hospitalier de Roanne ont administré à la jeune femme des traitements préventifs anti-VIH et anti-hépatique, précise le parquet.

La saison des festivals s’est ouverte le week-end dernier au Printemps de Bourges. Après des signalements de piqûres sur neuf festivaliers lors de concerts, le parquet a là aussi ouvert une enquête pour «administration de substances nuisibles». L’origine des piqûres est inconnue, selon la préfecture. «On ne sait pas s’il s’agit de seringues ou seulement de têtes d’épingle par exemple», a précisé Agnès Bonjean, directrice de cabinet du préfet du Cher. «C’était très douloureux», selon Noémie, 23 ans, touchée «à la cuisse, jusqu’au nerf sciatique» mi-avril après une soirée en boîte à Béziers (Hérault).

Au total, 13 plaintes ont été déposées à Béziers, dont 12 pour la soirée du 17 au 18 avril 2022, a indiqué le procureur Raphaël Balland. Sollicité par l’AFP, le parquet de Paris a indiqué qu’après des plaintes, six enquêtes ont été ouvertes depuis la semaine dernière dans la capitale du chef d’administration de substance nuisible.

Le phénomène n’est pas nouveau en Europe: au Royaume-Uni, une vague de témoignages d’étudiantes droguées à leur insu par des injections en boîtes avait déferlé cet automne. En novembre dernier, des rumeurs d’agressions ont circulé en Suisse aussi. Mais très peu de plaintes ont été déposées, même si la présence de GHB a bien été attestée dans certains cas.

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