Suite à ces attaques, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, a accusé dimanche Israël de «crimes de guerre» devant le Conseil de sécurité de l'ONU. L'ambassadeur israélien aux Etats-Unis et auprès de l'ONU, Gilad Erdan, a lui accusé le Hamas d'avoir «prémédité» une guerre avec Israël.

On ignore dans l'immédiat le sort de ce haut dirigeant - Yahya Sinouar - du mouvement contrôlant l'enclave palestinienne, un territoire pauvre de deux millions d'habitants sous blocus israélien depuis plus de 10 ans.

La frappe est intervenue au lendemain de bombardements à Gaza ayant fauché la vie d'enfants et pulvérisé les locaux de médias internationaux, et de tirs de salves de roquettes vers Israël.

Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne tiendront mardi une visioconférence d'urgence sur l'escalade des combats entre Israël et les Palestiniens, a annoncé dimanche le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

«Compte tenu de l'escalade en cours entre Israël et la Palestine et du nombre inacceptable de victimes civiles, je convoque une visioconférence extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'UE mardi. Nous coordonnerons et discuterons de la manière dont l'UE peut contribuer au mieux à mettre fin à la violence actuelle», écrit Josep Borrell sur Twitter.

Au moins 40 Palestiniens dont 8 enfants ont été tués ce jour dans des frappes israéliennes sur la bande de Gaza, a rapporté le ministère local de la Santé, ce qui porte à 174 le nombre de personnes tuées dans l'enclave palestinienne depuis lundi.

De même source, 1200 Palestiniens ont été blessés depuis le déclenchement de ce nouveau cycle de violences entre l'armée israélienne et les groupes palestiniens armés à Gaza, dont le Hamas.

3000 roquettes depuis le 10 mai

Israël fait face au rythme le plus élevé de roquettes jamais tirées vers son territoire dans le nouveau conflit avec le Hamas au pouvoir dans l'enclave palestinienne de Gaza, a indiqué dimanche l'armée israélienne.

Depuis le 10 mai, les groupes armés de Gaza ont lancé environ 3000 roquettes vers Israël, battant ainsi le rythme des tirs lors d'une escalade en 2019 et de la guerre de 2006 contre le Hezbollah libanais, a indiqué le général Ori Gordin lors d'une rencontre en ligne avec des journalistes.

Un conflit d'une «intensité jamais vue», selon le CICR

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appelé dimanche les membres du Conseil de sécurité de l'ONU «à exercer le maximum d'influence pour mettre fin aux hostilités entre Gaza et Israël», un conflit d'une «intensité jamais vue».

«Les populations de Gaza et d'Israël font face au plus intense cycle d'hostilités depuis des années», écrit le CICR dans un communiqué, publié à quelques heures d'une réunion virtuelle du Conseil de sécurité consacré à ces violences. Le CICR appelle également toutes les parties à «mettre fin à l'escalade (des violences) et assurer un meilleur accès aux personnes touchées dans la bande de Gaza».

Robert Mardini, le directeur général du CICR, souligne que l'accès des gens à Gaza à des hôpitaux ou autres infrastructures importantes est «très compliqué». Le communiqué souligne que les bombardements incessants empêchent son accès et celui d'autres organisations humanitaires à porter secours à Gaza et que le CICR communique avec les deux parties sur la nécessité d'adhérer aux règles du droit humanitaire international.

Le CICR indique avoir fait don de brancards, de lits d'hôpitaux et d'équipement médical pour soigner 150 blessés graves à Gaza et avoir visité des victimes de tirs de roquettes dans le centre d'Israël.

Antonio Guterres «profondément perturbé»

Les forces israéliennes ont «attaqué le domicile de Yahya Sinouar et de son frère, un militant terroriste», a écrit l'armée sur Twitter, en publiant une vidéo montrant une maison pulvérisée dans un nuage de poussière. Des sources de sécurité palestiniennes ont confirmé une frappe sur le domicile de M. Sinouar, réélu en mars à la tête du bureau politique du Hamas à Gaza.

Alors que les protagonistes sont restés sourds jusque-là aux appels internationaux à la cessation des hostilités, les tractations diplomatiques s'intensifient avec une réunion virtuelle du Conseil de sécurité prévue à 16h (heure suisse).

Le patron de l'ONU Antonio Guterres s'est dit «consterné» par le «nombre croissant de victimes civiles» et «profondément perturbé» par l'attaque israélienne contre le bâtiment abritant des médias. De son côté, un émissaire américain, Hady Amr, doit rencontrer dans la journée des dirigeants israéliens à Jérusalem et des responsables palestiniens en Cisjordanie occupée.

Immeuble abritant des médias pulvérisé

Samedi, dix Palestiniens, parmi lesquels huit enfants d'une même famille, ont péri dans une frappe israélienne sur un camp de réfugiés dans l'enclave palestinienne. Un Israélien de 50 ans, au volant de sa voiture, a ensuite été tué dans la banlieue de Tel-Aviv dans l'explosion de roquettes tirées par le Hamas pour «venger», selon ce mouvement, la frappe «contre des femmes et des enfants» dans le territoire.

Plus tard, un immeuble de 13 étages qui abritait notamment les équipes de la chaîne d'information qatarie Al-Jazeera et l'agence de presse américaine Associated Press (AP) a été pulvérisé par des frappes de l'armée israélienne qui avait demandé préalablement l'évacuation du bâtiment.

Selon l'armée, l'immeuble abritait «des entités appartenant au renseignement militaire» du Hamas accusé de se servir de civils comme «boucliers humains».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui s'est entretenu avec le président américain après ces frappes, a affirmé avoir le soutien «sans équivoque» de Joe Biden.

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M. Biden, qui a également parlé au téléphone avec le président palestinien Mahmoud Abbas, a dit soutenir le droit d'Israël «à se défendre» tout en faisant part de sa préoccupation au sujet de «la sécurité des journalistes».

157 morts depuis lundi

Tard en soirée samedi, un autre immeuble d'une dizaine d'étages, la tour al-Andalous, a été gravement endommagé par des frappes. Et le Hamas a ensuite lancé un nouveau barrage de roquettes vers des villes israéliennes, dont Tel-Aviv.

La direction d'AP s'est dite «choquée et horrifiée» par la frappe israélienne. Le chef du bureau d'Al-Jazeera en Israël et dans les Territoires palestiniens Walid al-Omari a accusé Israël de vouloir «faire taire ceux qui montrent» «les destructions et les morts».

Alors que la flambée de violence ne montre aucun signe d'accalmie, le dernier bilan palestinien a fait état de 157 morts parmi lesquels 41 enfants, et 1100 blessés, à Gaza depuis lundi. En Israël, dix personnes ont été tuées dont un enfant, et 540 blessées.

Violences en Cisjordanie

Ce nouveau conflit a commencé en réponse à un barrage de roquettes du Hamas sur Israël, tirées en «solidarité» avec les manifestants palestiniens et les centaines de Palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne à Jérusalem-Est. A l'origine des violences, la menace d'expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens dans ce secteur palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

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En Cisjordanie, territoire palestinien également occupé par Israël depuis 1967, de nouvelles manifestations de colère ont eu lieu samedi, à l'occasion de la Nakba, la «catastrophe» qu'a représentée aux yeux des Palestiniens la création d'Israël en 1948, et synonyme d'exode pour des centaines de milliers d'entre eux. Deux Palestiniens ont été tués dans des confrontations avec les soldats.

Sur son territoire, Israël est également confronté à des violences inédites et des menaces de lynchages dans ses villes «mixtes», où vivent Juifs et Arabes israéliens.