Après plusieurs semaines d'âpres discussions sur la répartition des portefeuilles entre la majorité et l'opposition, le gouvernement d'union nationale a finalement été formé, vendredi, au Liban. «La mission de ce gouvernement sera de regagner la confiance des citoyens dans le système politique basé sur la coexistence et l'acceptation de l'autre», s'est empressé de déclarer le premier ministre Fouad Siniora, en référence aux vingt derniers mois de tensions politiques qui ont secoué le Pays du Cèdre.

Le nouveau cabinet, préconisé par l'accord interlibanais signé le 21 mai à Doha, se plie à la répartition des portefeuilles telle qu'elle avait été décidée lors de la réunion de sortie de crise qui s'était tenue au Qatar: 16 pour la majorité, 11 pour l'opposition et trois devant être nommés par le chef de l'Etat. Une victoire pour l'opposition emmenée par le Hezbollah qui obtient le fameux droit de blocage qu'il avait toujours réclamé ainsi que certains ministères clés.

Le parti chiite et ses alliés du mouvement Amal héritent, en effet, d'importants portefeuilles tels que les Ministères de l'industrie, des affaires étrangères, mais également du travail, de la jeunesse et des sports. Quant aux Ministères stratégiques des télécommunications et de l'agriculture, ils reviennent au clan de Michel Aoun, l'allié chrétien du Hezbollah. En revanche, Elias Murr, accusé par le Hezbollah d'être pro-américain, est maintenu à la tête du Ministère de la défense.

«Nous faisons des sacrifices»

La majorité menée par Saad Hariri se retrouve avec, entre autres, les Ministères des finances, de l'économie et des transports. «Nous faisons des sacrifices dans l'intérêt de notre pays», a-t-il ainsi déclaré quelques heures avant la formation officielle du nouveau gouvernement.

«Les contradictions sont finies. Le Liban dispose d'un nouveau gouvernement», se réjouit, pour sa part, le site internet de la télévision Al Manar, l'organe médiatique du Hezbollah, dans une allusion ironique à une déclaration faite en 2006 par Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat américaine. Pendant la guerre qui avait opposé, il y a deux ans exactement, le Hezbollah à Israël, elle avait comparé ce conflit militaire aux «contractions de la naissance d'un nouveau Moyen-Orient». Il est assez fréquent, au Liban, d'entendre le Hezbollah reprocher à ses adversaires politiques d'être soutenus par l'Amérique. A l'inverse, le Hezbollah est souvent étiqueté comme étant appuyé par l'Iran et la Syrie.

«Ce gouvernement est un produit national à cent pour cent», a tenu à préciser Fouad Siniora dans son discours, dans l'objectif évident d'apaiser les discordes entre les différents clans. L'annonce de ce nouveau cabinet intervient, en effet, au moment où des accrochages continuent à opposer, à Tripoli, des membres de la communauté alaouite, une branche du chiisme, et des membres de la communauté sunnite.

C'est par un décret signé par le président Michel Sleimane, élu il y a sept semaines, et le premier ministre Fouad Siniora que ce nouveau gouvernement a officiellement été présenté, après la démission du cabinet sortant qui avait été mis en place en 2005. Son rôle s'annonce néanmoins limité sur la durée, puisque de nouvelles élections sont prévues pour 2009. Une des premières tâches du cabinet fraîchement formé sera, en effet, de préparer le scrutin législatif de l'an prochain.

Dans la foulée de la formation du gouvernement, Michel Sleimane devrait également convoquer les chefs des différentes factions autour d'une table ronde, afin de discuter des questions qui continuent à diviser le pays, comme celle de l'armement du Hezbollah.