L’UMP est en train d’adopter la méthode qui a tant profité au parti socialiste. Les 9 et 16 octobre 2011, soit six mois avant l’élection présidentielle de mai 2012, le PS français avait, avec grand succès, organisé une primaire «ouverte» à deux tours pour départager ses candidats. 2,7 millions de Français inscrits sur les listes électorales s’étaient déplacés au premier tour, puis 2,9 millions au second, pour voter après avoir payé un euro et signifié leur «adhésion» aux valeurs de la gauche et de la République. On connaît la suite: six candidats au premier tour (Manuel Valls crédité de 6%, Arnaud Montebourg de 17%, Ségolène Royal de 7%, Jean Michel Baylet de 0,64%, Martine Aubry de 30% et Francois Hollande de 39%), puis un duel Aubry-Hollande qui s’achève par la victoire de ce dernier, ainsi placé sur orbite pour battre Nicolas Sarkozy et accéder à l’Elysée.

Le principal parti de droite français, longtemps réticent à ce type de scrutin pré-présidentiel, était donc sous pression pour s’y soumettre. D’autant que plusieurs figures du parti, tels les anciens premier ministre Alain Juppé ou François Fillon, ou les anciens ministres Bruno le Maire et Xavier Bertrand, affichent leur intention d’être candidats et s’inquiétaient ouvertement, depuis plusieurs mois, du peu d’empressement de Nicolas Sarkozy, élu président du parti à la fin novembre 2014, pour cette compétition interne.

Des primaires en novembre

L’ex Chef de l’Etat, conforté par la nette victoire de l’UMP et de ses alliés centristes de l’UDI, semble toutefois avoir tiré les leçons de ce forcing des «barons» de sa formation. Selon un document de travail dont plusieurs médias français ont pris connaissance, ces primaires à droite pourraient être organisées les 20 et 27 novembre 2016. Elles seraient ouvertes à tous les sympathisants, alors que Nicolas Sarkozy avait envisagé, un temps, de les restreindre aux militants qui lui sont dans l’ensemble bien plus favorables. Les candidats au premier tour de ces primaires devront s’engager à soutenir le vainqueur désigné dans la course aux présidentielles. Les électeurs, qui devront avoir au moins 18 ans à la date du scrutin, devront payer deux euros et adhérer à une charte des valeurs républicaines de la droite et du centre…

Un point sépare néanmoins ce projet de primaire UMP de ce qui s’était passé au parti socialiste, où la question d’une nouvelle primaire divise, compte tenu du fait que François Hollande est le président sortant. Au PS en 2011, 17 parrainages d’élus suffisaient pour être candidats. Les règles proposées pour l’UMP sont plus strictes, avec au moins vingt-cinq parlementaires et 250 élus représentatifs d’une trentaine de départements, plus 2500 adhérents du parti. Des candidats issus d’une autre formation – telle l’UDI – pourront se présenter.

Des ennuis judiciaires à faire oublier

La validation de ce scénario par l’actuelle direction du parti devrait intervenir le 14 avril prochain. La rapidité – moins de six mois – avec laquelle l’équipe mise en place à la tête du parti par Nicolas Sarkozy a tranché cette question montre combien celui-ci voulait éviter d’être accusé de manipulation par ses rivaux.

Compte tenu du récent succès électoral de l’UMP, et de sa pole-position pour les régionales de décembre prochain, l’ancien président Français mise à l’évidence sur sa popularité retrouvée, et le contrôle de l’appareil (fédérations départementales notamment) pour parvenir en position de force à ces primaires. Une de ses priorités est aussi de faire oublier toutes les questions relatives aux dépassements du plafond de dépenses autorisées pour le financement de sa campagne présidentielle de 2012, qui a accouché d’un scandale au sein de l’UMP (l’affaire Bygmalion), de plusieurs mises en examen ou gardes à vue de dirigeants, et d’ennuis judiciaires pour lui-même, encore placé mercredi sous statut de «témoin assisté» dans l’enquête sur le paiement des pénalités par son parti. L’amende lui avait été en effet infligée à titre personnel par le Conseil Constitutionnel. M. Sarkozy s’est depuis engagé à rembourser sa formation.