La victoire cinglante d’Hillary Clinton dans les primaires du New Jersey, du Dakota du Sud, du Nouveau-Mexique et surtout de Californie ne pouvait pas mieux tomber pour la candidate démocrate. Le résultat sans appel de mardi ne laisse plus de doute quant à la légitimité d’une investiture de l’ex-secrétaire d’Etat le 25 juillet prochain à la convention démocrate de Philadelphie. Pour la candidate démocrate toutefois, les chances de battre un Donald Trump le 8 novembre prochain lors de l’élection présidentielle dépendront beaucoup d’un facteur essentiel: sera-t-elle à même de recréer ce que les Américains appellent la «coalition Obama», qui a permis à l’actuel locataire de la Maison-Blanche de remporter deux fois la présidentielle en 2008 et en 2012?

La coalition Obama, c’est le visage de l’Amérique d’aujourd’hui, d’un pays en plein changement démographique. Elle comprend les minorités afro-américaines, hispanique et asiatique, les femmes mariées et célibataires ainsi que les milléniaux (né entre 1978 et 2000). Ces groupes d’électeurs ont joué un rôle crucial dans l’élection et la réélection de Barack Obama. En 2012, les électeurs de couleur ont été 80% à voter en sa faveur, dont 93% des Afro-Américains, 71% d’Hispaniques et 73% des électeurs d’origine asiatique.

Pour Hillary Clinton envers laquelle une majorité d’électeurs inscrits disent ne pas avoir confiance, recréer cette coalition relève de la gageure. Beaucoup se demandent même s’il sera possible de la ressusciter, estimant que sa création dépendait en grande partie de la personnalité même de Barack Obama. Première femme dans l’histoire des Etats-Unis remportant les primaires d’un des deux grands partis, Hillary Clinton a quoi qu’il en soit déjà écrit un peu l’histoire. Pour une génération de femmes, elle incarne ce pour quoi des féministes comme Gloria Steinem se sont battues dans un pays qui n’a jamais élu de femme à la Maison-Blanche. Mardi soir à Brooklyn, l’ex-secrétaire d’Etat l’a souligné: «La victoire de ce soir n’est pas celle d’une personne, elle appartient à une génération de femmes et d’hommes qui se sont battus et se sont sacrifiés et ont rendu possible ce moment.»

En 2012, Barack Obama a remporté le vote féminin par 55% des votes contre 44% pour le républicain Mitt Romney. Cette année, toutes les femmes ne voient pas les enjeux de novembre de la même manière. Les jeunes femmes de la génération Y sont loin d’être convaincues de la nécessité d’élire une femme comme Hillary Clinton qu’elles voient comme le héraut du féminisme de leurs mères et grands-mères. Bien qu’elle ait l’expérience d’une First Lady, d’une sénatrice et d’une cheffe de la diplomatie, Hillary Clinton est trop l’expression d’un establishment dont elles se sentent déconnectées. L’autre difficulté sera de rallier les femmes mariées vivant dans les périphéries plus ou moins aisées. Pour l’heure, elles sont les moins enclines à soutenir la démocrate. A l’approche du scrutin, face à un Donald Trump, il n’est toutefois pas exclu que l’effet femme se produise.

En compétition avec Donald Trump, qui multiplie les outrages racistes, le vote des minorités est pour l’heure acquis à Hillary Clinton. Mais l’ex-patronne du Département d’Etat ne pourra le prendre pour argent comptant. Durant les primaires, même si elle a clairement eu l’appui des Afro-Américains, nombre d’entre eux, fatigués par les difficultés économiques et les menaces que fait peser la globalisation sur leur avenir, ont préféré Bernie Sanders. Certains Noirs n’ont pas manqué de rappeler que la dérégulation de l’économie et la guerre contre la drogue décrétées sous Bill Clinton ont eu un impact négatif important sur la communauté afro-américaine. La démocrate peut compter aussi sur le soutien des Hispaniques qui sont pour l’heure près de 80% à déclarer qu’ils ne voteront jamais pour Donald Trump.

La catégorie de l’électorat qui semble la plus difficilement accessible pour Hillary Clinton, ce sont les jeunes. Pour eux, la candidature de l’ex-First Lady, c’est du déjà-vu. Dans les meetings électoraux de Bernie Sanders, la seule évocation de son nom suscitait des huées. Or leur poids électoral ne cesse de croître. En 2012, ils ont représenté 19% de l’électorat. Barack Obama avait obtenu 60% de leur vote. Consciente de son manque de popularité dans cette tranche de l’électorat, la démocrate a déjà proposé un plan afin de permettre aux jeunes d’aller à l’université sans contracter de dette.

L’écueil essentiel de la candidate démocrate en novembre, ce sont les électeurs blancs de sexe masculin. Son déficit de popularité est particulièrement marqué auprès des classes laborieuses blanches, notamment dans les Etats de la Rust Belt qui a abrité pendant longtemps les fleurons de l’industrie lourde américaine. Barack Obama lui-même n’avait obtenu le soutien que de 39% des électeurs blancs. C’est précisément sur eux que mise le républicain Donald Trump. Mais leur part de l’électorat ne cesse de reculer. Hillary Clinton aura de la peine à les convaincre. Elle devra sans doute se contenter de limiter la casse.