Faut-il craindre un soulèvement des Arabes israéliens semblable à celui d'octobre 2000, au cours duquel l'Etat hébreu avait été coupé en deux et treize personnes avaient perdu la vie? En tout cas, le ton monte au sein de cette communauté de plus d'un million d'habitants représentant un cinquième de la population du pays. Tout a commencé le 30 décembre avec l'invalidation de la candidature du député Ahmed Tibi par la Commission électorale centrale (CEC), un organisme officiel chargé de vérifier la légalité de la Constitution et du dépôt des listes en vue des élections législatives du 28 janvier. Populaire, le député fut l'un des principaux conseillers de Yasser Arafat avant d'être élu pour la première fois à la Knesset (parlement) en 1999 à la tête du petit parti Taal (Mouvement arabe pour le renouveau) et de rejoindre ensuite le parti judéo-arabe Hadach (ex-communiste).

Fort en gueule, Tibi s'est souvent signalé par ses interventions musclées soutenant «le droit du peuple palestinien à défendre son sol contre l'occupation», ce qui explique sans doute pourquoi il a été exclu du jeu politique. Mais le lendemain de cette décision, la CEC a également rejeté la candidature du député Azmi Bichara, une autre «grande pointure» de la communauté arabe d'Israël accusé, entre autres, d'avoir «incité à la violence» en participant à une rencontre organisée en Syrie avec des dirigeants du Hezbollah.

Leader du Balad (Parti national démocratique), Bichara siège à la Knesset depuis 1996. A l'exception de l'interdiction de se présenter faite en 1960 à la liste nationaliste Al Ard (La Terre), il est avec Tibi le premier Arabe israélien à subir ce sort.

Les Arabes d'Israël, dont le Comité suprême (l'instance regroupant les principaux notables de la communauté) s'est réuni d'urgence vendredi matin, acceptent mal les décisions de la CEC et ils ne le cachent pas. «C'est une gifle en plein visage», affirme Zohair Andros, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Kol Al Arab. «Notre sentiment d'humiliation est tellement développé qu'une nouvelle explosion n'est pas à exclure.»