Tout va mal pour le groupe islamiste radical saoudien qui se fait appeler «Al-Qaida dans la péninsule Arabique». Fin mai 2003, son leader, Yusuf al-Ayiri, a été tué par les forces de sécurité du royaume. Un an plus tard, son successeur, Khalid al-Hajj, était également abattu. Et un mois plus tard, c'était au tour d'Abd al-Aziz al-Muqrin, qui avait repris le flambeau de la lutte, de tomber sous les balles de la police en même temps que trois autres cadres de haut rang de l'organisation. Aujourd'hui, c'est un certain Salih al-Awfi qui serait à la tête d'un groupuscule de militants sur la défensive. L'homme, âgé d'une trentaine d'années, aurait un profil moins affûté que ses prédécesseurs et jouirait d'un charisme et d'une expérience nettement moindres.

Campagnes d'arrestations

Depuis le déclenchement de la confrontation directe entre la monarchie des Saoud et «Al-Qaida dans la péninsule Arabique», les forces de sécurité du royaume ont multiplié les campagnes d'arrestations – de 600 à 1000 militants incarcérés à ce jour selon les sources –, démantelé caches d'armes et planques, privant ainsi l'organisation de ses soutiens logistiques, financiers et opérationnels. Acculée, l'organisation serait en train de panser ses plaies, et de regrouper ses forces. C'est ce qui expliquerait, selon le dernier rapport de l'International Crisis Group (ICG), la pause observée dans la campagne d'attentats spectaculaires qui ont ensanglanté le pays ces dix-sept derniers mois. La stratégie suivie par le mouvement terroriste est celle des assassinats ciblés. Ils visent des ressortissants étrangers travaillant dans des secteurs d'activité bien précis: la défense et le secteur pétrolier. En octobre, un Français travaillant pour le groupe Thalès est ainsi tombé sous les balles d'individus qui n'ont pas été identifiés, mais dont tout laisse penser qu'ils appartiennent à la mouvance radicale.

Début 2003, quand les autorités saoudiennes ont décidé de réprimer le mouvement par la force, elles l'ont fait de manière préventive. L'imminence de la guerre en Irak laissait craindre que l'opération américano-britannique contre Saddam Hussein déclencherait, dans le royaume, une vague de violences. De fait, c'est en mai, donc après la chute du régime irakien, qu'«Al-Qaida dans la péninsule Arabique» s'est lancé dans une campagne d'attentats à grande échelle, essentiellement contre des cibles étrangères. Le bilan est lourd. Jusqu'en août 2004, 70 personnes ont péri dans des attentats et des centaines d'autres ont été blessées.

Les forces de sécurité ont encore beaucoup à apprendre d'une lutte antiterroriste qui a aussi fait beaucoup de victimes dans leurs propres rangs. Mais moins de deux ans après le début de cette confrontation directe entre le régime et les islamistes radicaux, sur le plan strictement sécuritaire, les premières ont clairement pris l'avantage et sont en passe de l'emporter.

La «méthode égyptienne» aurait-elle payé? Les Saoudiens, en effet, se sont beaucoup intéressés au cas de leur voisin, qui fut confronté dans les années 1990 à un assaut en règle de deux groupes islamistes radicaux, le Djihad islamique et la Gamaa Islamiyya. Le Caire a réprimé sans pitié les extrémistes, obtenant des résultats convaincants jusqu'aux attentats anti-israéliens de Taba jeudi soir. Les organisations de défense des droits de l'homme se sont inquiétées des abus commis à cette occasion. Mais les Saoudiens ont aussi attisé les divisions au sein d'une mouvance très composite sur le plan organisationnel et doctrinal. Ils ont cherché, et dans certains cas obtenu, la conversion des mentors idéologiques qu'ils avaient capturés. Certains d'entre eux sont apparus à la télévision pour faire un mea culpa plus ou moins sincère. Enfin, le pouvoir a joué la carte médiatique en permettant une couverture sans précédent des attentats dans le but de susciter l'émotion de sa population et de couper les radicaux de toute base sociale.

Dans le cas égyptien, cette stratégie du bâton et de la carotte porta ses fruits puisque les cadres islamistes emprisonnés, une fois qu'ils firent le constat de leur défaite militaire, décrétèrent en 1997 une trêve unilatérale. De manière très significative, l'avocat Muntassir al-Zayyat, défenseur des islamistes égyptiens et leur relais avec les autorités du Caire, s'est rendu en Arabie saoudite en mai 2004 pour une mission de médiation entre le pouvoir et ses adversaires. Objectif: ouvrir des canaux de discussion avec les extrémistes. Dans la foulée, le pouvoir a proposé l'amnistie à ceux qui accepteraient de se rendre et de rentrer dans le rang, pour un résultat a priori mitigé: peu de redditions, et aucune parmi les cadres supérieurs de la mouvance.

Sa stabilité restaurée, pour autant qu'elle ait jamais été menacée, l'Arabie saoudite n'en a toutefois pas fini avec l'islamisme radical. La famille royale au pouvoir continue de susciter critiques et accusations qui, liées aux problèmes économiques, politiques et sociaux, alimentent la machine à recrutement (lire ci-dessous). En outre, la question se pose du retour, à terme, des djihadistes partis se battre en Irak. De même que les «Afghans» jouent un rôle central dans la flambée de violence actuelle, les «Irakiens» demain pourraient prendre le relais.

Liens internet:

International Crisis Group: http://www.icg.org/home/index.cfm?l=2

Saudi Arabia backgrounder: who are the islamists? http://www.icg.org/home/index.cfm?id=3021 & l = 2

L'Arabie saoudite est-elle capable de se réformer? http://www.icg.org/home/index.cfm?id=2864 & l = 2