Sept documents, des pages de couleur jaune, qui portent la mention «top secret». C’est ce que les autorités russes ont publié sur le site internet officiel des archives mercredi 28 avril*. Une série de documents qui établissent la responsabilité du NKVD, les services secrets soviétiques, dans le massacre de 22 000 officiers polonais près de la forêt de Katyn, à l’ouest de la Russie, en 1940. L’intérêt était vraisemblablement réel au sein de l’opinion: le serveur internet a flanché peu de temps après la mise en ligne, et restait difficile d’accès mercredi en soirée.

Les sept copies numériques de haute qualité, dont l’une évoque l’exécution d’officiers polonais et porte la signature de Staline et de Lavrenti Beria, chef du NKVD, ont été mises en ligne «suite à la décision du président Dmitri Medvedev», annonce, de façon très officielle, le portail gouvernemental des archives russes. En déplacement au Danemark, le chef de l’Etat a estimé que «c’était un devoir de tirer des leçons de l’histoire».

Réchauffement russo-polonais

Le geste a une grande valeur symbolique, quelques semaines seulement après la commémoration du 60e anniversaire de Katyn sur les lieux mêmes du massacre, en présence notamment du chef du gouvernement russe, Vladimir Poutine, premier à se rendre sur les lieux. Après la mort, le 10 avril dernier, du président polonais Lech Kaczynski dans l’avion qui le conduisait sur place, l’empressement des autorités russes à témoigner leur sympathie à l’égard du peuple polonais avait déjà mis en lumière une certaine volonté de réchauffement dans les relations russo-polonaises, difficiles depuis la chute de l’empire soviétique.

L’ouverture des archives ordonnée par Dmitri Medvedev reste pour l’heure essentiellement symbolique. En 1990, Mikhaïl Gorbatchev avait reconnu la responsabilité du NKVD dans le massacre de Katyn, attribué jusque-là par les autorités soviétiques aux forces nazies. Le premier président russe, Boris Eltsine, fera ouvrir une enquête en 1992, mais elle sera classée sans suite dix années plus tard.

Aujourd’hui, les archives mises en ligne ne concernent que des documents déjà «déclassifiés», et déjà accessibles au public dans les locaux des archives nationales. «Plus de 80 volumes d’archives classées «top secret» ne sont pas concernés par cette mesure», déplore Alexandre Tcherkassov, de l’association Mémorial. «Ces documents contiennent les noms des membres du NKVD qui ont participé à ce crime contre l’humanité. Pour le moment, Vladimir Poutine affirme que leur publication porterait atteinte aux descendants des responsables. Fallait-il ainsi taire le nom de Hitler ou de Himmler, pour la même raison?»

«Problème de Katyn»

En justifiant la publication électronique des archives, Dmitri Medvedev estime, pour sa part, que «ces archives, qui étaient déjà connues, sont désormais accessibles au plus grand nombre. Tout y est, toutes les signatures, tous les noms sont dans les documents», assure le président russe, qui a donné l’assurance qu’à terme «les documents classifiés qui intéressent [les Polonais] leur seront également transmis».

Malgré tout, le geste d’aujour­d’hui est important dans un pays où Katyn – le «problème de Katyn», selon la terminologie officielle en Russie – a longtemps été passé sous silence, voire contesté. «Les communistes estiment toujours que la responsabilité du NKVD relève de la falsification? Quiconque en Russie peut désormais constater par lui-même qu’il n’en est rien», se réjouit Alexandre Tcherkassov.