Innovation

Les archives de la Société des Nations à Genève dopées par l’intelligence artificielle

Les Universités de Genève et de Tsinghua, en Chine, s’associent pour numériser un tronçon délicat des trois kilomètres d’histoire écrite des relations internationales au bout du Léman. L’EPFL se joint à l’effort avec son expertise en matière de «machine learning»

D’un côté, les archives de la Société des Nations (SdN) conservées à Genève, héritières de l’ère Gutenberg et patrimoine historique de l’après-Grande Guerre. De l’autre, une complicité adossée aux dernières technologies de pointe, impliquant les Universités de Genève (UNIGE) et de Tsinghua – l’une des facultés les plus renommées de Chine –, ainsi que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Entre les deux, le Big Data (données de masse), qu’il s’agit de rendre lisible grâce à l’intervention de la population.

«Notre initiative consiste à donner au grand public accès à une importante quantité de documents en ligne, difficilement déchiffrables électroniquement, car parfois annotées à la main, voire inexploitables en raison de leur état de conservation, pour qu’elles soient passées en revue et convertis en formats compatibles avec une recherche automatique d’informations, via notamment l’intelligence artificielle», explique François Grey, professeur associé à l’UNIGE. Soit le principe du «Turc mécanique» – faire travailler des petites mains pour les travaux répétitifs – appliqué aux sciences citoyennes.

Le mariage du cerveau humain et de l’intelligence fabriquée

Nom de code de ce projet mastodonte, qui est financé notamment par la fondation genevoise Hans Wilsdorf et qui sera lancé ce samedi à l’occasion des portes ouvertes des Nations unies au bout du Léman: «League of Nations in the Digital Age».

Lire aussi: Portes ouvertes aux Nations unies, de quoi plonger dans leurs archives

L’œil humain s’avère indispensable pour ressusciter numériquement les collections de la SdN, qui font partie des 15 millions de pages de la bibliothèque des Nations déjà en cours de digitalisation. Dans un premier temps, pour aider à accomplir cette tâche titanesque, la population est invitée à se connecter à̀ la plateforme gratuite de crowdsourcing Zooniverse afin de vérifier les données clé́s de ce bout de patrimoine genevois des relations internationales.

«Mais l’aventure ne s’arrête pas là, relève François Grey. L’objectif est aussi d’encourager des passionnés de la programmation à utiliser les résultats de la digitalisation humaine comme point départ pour améliorer des algorithmes de «machine learning», utilisés dans les logiciels de reconnaissance de caractères.» Ce second volet est assuré par une autre plateforme (CrowdAI), développée par des partenaires de l’EPFL.

L’imprimante 3D inédite

Corollaire inattendu de cette initiative pilotée par des étudiants sino-helvétiques de la SDG Summer School: l’invention et la fabrication d’un prototype d’imprimante 3D valant moins de 60 francs – un prix ridicule comparé aux scanneurs de documents dont est actuellement équipée l’ONU à Genève.

Ce nouvel appareil portable, inspiré des technologies accessibles à Huaqiangbei, gigantesque quartier de Shenzhen dédié aux produits électroniques bon marché, permet déjà de communiquer avec des systèmes d’intelligence artificielle en ligne. Il pourra, à terme, permettre une numérisation de matériaux écrits, même dans des pays sans accès à des machines plus sophistiquées.

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