Amérique latine

En Argentine, «plus besoin d’être SDF pour être sous-alimenté»

Dans un pays en crise, où un tiers de la population ne mange pas à sa faim, beaucoup veulent se débarrasser du chef de l'Etat, Mauricio Macri, lors de la présidentielle de ce dimanche

Ils sont presque une centaine sur le trottoir, adossés contre la façade d’un immeuble 1900 du quartier de San Telmo, à Buenos Aires, qui, comme eux, a connu des jours meilleurs. En une file bien ordonnée, ils attendent chaque soir que la boulangerie d’en face baisse d’un coup sec son volet roulant. Quelques-uns portent sur eux la rue comme un costume, l’extrême pauvreté qui marque les corps, l’exclusion qui dure et que l’on repère en un coup d’œil. Mais la plupart d’entre eux font partie de cette petite classe moyenne qui a pris la crise, le chômage, l’inflation en pleine tête. Ils ont un toit, jusqu’à récemment un emploi et, l’air presque ébahi d’être là, un sac plastique à la main pour récupérer les invendus du jour qu’on va leur distribuer gratuitement: un peu de pain et quelques viennoiseries.

Mariano, 61 ans, a été licencié de son poste de gérant de supermarché il y a deux ans. Il lui manque quelques annuités pour toucher une retraite aussi dévaluée que le peso. Sa maigre indemnité de 60 euros est entièrement dédiée au paiement d’un loyer que complète sa fille, qui règle également ses factures. Toute autre dépense a été supprimée. Plus de mutuelle, plus de téléphone, plus rien. «Prendre un petit-déjeuner, un déjeuner, un goûter et un dîner, c’est fini pour moi, souffle-t-il dans un triste sourire. Aujourd’hui, je mange une seule fois par jour, le matin: du pain que je viens chercher ici.»