Israël voulait offrir un cadeau au secrétaire d'Etat Colin Powell pour sa première tournée dans la région: un gouvernement d'union nationale flambant neuf. Le cadeau n'est pas encore prêt, à cause notamment du dernier retournement d'Ehud Barak, qui a décidé de renoncer à son poste de ministre de la Défense. C'est donc un Ariel Sharon élu mais pas encore en fonctions que va rencontrer Powell. Cela ne devrait pas poser de problème majeur: les deux hommes sont sur la même ligne en ce qui concerne les dossiers brûlants de cette région, et particulièrement l'affrontement israélo-palestinien.

Privé de gouvernement, Sharon s'est néanmoins réuni hier avec ses proches conseillers pour définir sa «politique américaine». Elle tient en quelques mots: les bonnes relations qu'entretiennent son pays et les Etats-Unis ne doivent en aucun cas être tributaires des Palestiniens. Un point de vue qui rejoint celui de la nouvelle administration américaine: si le calme est certes préférable à l'agitation, les violences qui ont lieu dans les territoires palestiniens sont presque considérées comme une «affaire intérieure» israélienne. George Bush a mis des jours à composer le numéro de téléphone de Yasser Arafat. Là où son prédécesseur, Bill Clinton, voyait une priorité absolue, Bush ne perçoit qu'une nuisance supplémentaire dans ce Proche-Orient compliqué.

Pour Colin Powell et son chef, la vraie priorité est bien sûr constituée par l'Irak et autres «Etats voyous» qui pourraient essaimer dans la région. Dans cette optique, l'Israël d'Ariel Sharon sera l'un des plus ardents défenseurs du parapluie antimissiles rêvé par les Américains, et dont il aimerait qu'il puisse le couvrir lui aussi. Dans l'immédiat, pourtant, les Etats-Unis pourraient exercer d'amicales pressions sur l'Etat hébreu afin qu'il allège un peu le bouclage des territoires palestiniens. Hier, comme la veille, des portraits de George Bush ont été brûlés dans les rues de Gaza où la foule demandait à l'ennemi de l'Amérique Saddam Hussein de lancer ses missiles Scud sur les villes israéliennes.